Arrosage

Ni trop, ni trop peu...
Les maîtres japonais disent souvent que : "Il faut 5 à 10 ans pour apprendre à arroser les bonsaï, plus 5 ans pour les pins."

L’arrosage est en effet plus difficile à maîtriser qu’il n’y paraît et c’est l’un des points-clés de la réussite de la culture des bonsaï. L’arrosage dépend de l’espèce du bonsaî, de la météo, du vent, de la région ou l’on habite, de la qualité de l’eau et surtout de ce que l’on veut obtenir de l’arbre en cours de travail.

Un bon arrosage n’est possible qu’en apportant régulièrement une eau de bonne qualité sur un bon substrat. N’hésitez pas à faire un rempotage d’urgence si votre substrat est trop compact comme dans environ 95% des bonsaï de supermarché. Si vous gardez trop longtemps un substrat trop compact, l’eau d’arrosage ne fera que couler autour de celui-ci sans jamais le pénétrer et votre arbre en mourra.


Pourquoi arroser ?

D’abord pour permettre à l’arbre de s’hydrater puis pour lui permettre d’assimiler les minéraux (engrais) qui vont l’alimenter et lui permettre de se développer. pour éviter le dessèchement du substrat qui entraine celui des racines et donc la mort de l’arbre, prévention d’une température chaude.


Quand arroser ?

Moment de la journée : de préférence le matin (par temps froid) ou le soir (par temps chaud). Eviter l’après-midi en été, où le soleil est le plus fort. Attention dans les régions à tendance humide, l’arrosage du soir risque de favoriser l’apparition de maladies (champignons) car une humidité importante est maintenue pendant plusieurs heures.

Fréquence : cela dépend de nombreux facteurs comme l’espèce, la taille du pot, l’exposition, la force du vent, etc. Généralement, il faut arroser lorsque la terre a un peu séché, sauf pour certains conifères comme les pins qui doivent rester plus longtemps au sec. La bonne fréquence s’obtiendra par observation et connaissance de son arbre. La fréquence d’arrosage dépend aussi de l’état d’avancement de l’arbre : s’il est en cours de reprise, si on veut "faire du bois" (allongement de branches), du bourgeonnement en arrière, stabiliser l’arbre ou le freiner. Certains arbres montrent des signes évidents de soif : feuilles molles, pendantes (troène par exemple)

Se méfier de la pluie : il peut tomber une petite pluie insuffisante pour certains arbres. D’un autre côté, en excès de pluie peut "étouffer" un arbre et freiner sa croissance (voire même entrainer un pourrissement des racines). La solution pour protéger les arbres d’un excès de pluie est donc soit de placer les arbres à l’abri de la pluie (mais à un endroit lumineux), soit de recouvrir le pot avec un plastique mais il ne faudra pas le laisser trop longtemps car le substrat doit être aéré. Donc dès que la pluie s’arrête, veiller à enlever les plastiques recouvrant les pots.


Comment arroser ?

En général : on n’arrose pas toutes les espèces de la même façon. Certaines comme le saule ou le troêne sont plus gourmandes en eau que d’autres.

Les arrosages doivent être doux comme une douce pluie de printemps (harusame en japonais) et ne pas lessiver la surface du sol. L’arrosage en pluie fine, c’est le bassinage. Ainsi, le substrat n’est pas bousculé et l’eau s’infiltre mieux.

Il faut humidifer TOUTE la motte jusqu’à ce que l’eau coule par les trous de drainage. En fait, dans les 4 ou 5 secondes qui suivent le début de l’arrosage, on doit voir sortir l’eau par les trous. Si ce n’est pas le cas, cela indique que le substrat est trop compact. La vitesse de l’évacuation de l’eau nous donne aussi une indication sur l’état des racines. Au printemps, avant la pousse, l’eau s’évacue plus vite car les racines sont peu actives, on arrose donc très peu car l’arbre n’a pas besoin de beaucoup d’eau. En revanche, quand l’écoulement de l’eau ralentit, c’est que les racines commencent a pousser alors il faut arroser un peu plus car l’arbre a besoin de plus d’eau puisqu’il pousse et ainsi de suite.

De façon génerale, arroser une première fois, puis une seconde fois quelques minutes plus tard. La motte doit finir complétetement humide pour que l’arbre soit bien arrosé.

Si le feuillage tombe ou est taillé, il faut réduire l’arrosage en conséquence car un arbre sans feuille n’a besoin que de très peu d’eau puisque celle-ci ne s’évapore plus par les feuilles.

Même si cela rend les arbres plus sensibles aux "coups de chaud", préférez de légers arrosages quotidiens qui favorisent l’enracinement de surface à des arrosages copieux et espacés qui favorisent le développement de racines plus profondes.

La pulvérisation foliaire peut être utile pour certains arbres mais attention, la vaporisation ne remplace pas l’arrosage.

Pendant les vacances, l’arrosage doit continuer. On peut alors soit faire appel à un voisin sympathique soit mettre en place un système d’arrosage automatique.

En cas d’urgence : il est possible de tremper un bonsaï (laisser baigner la motte dans un bac d’eau) s’il a souffert de sécheresse d’une manière prolongée. Mais ça n’est pas une habitude à prendre. Ne pas laisser trop longtemps le pot sous l’eau. La motte doit conserver des poches d’air.


Avec quoi arroser ?

Le matériel : pour pouvoir arroser en pluie fine, le mieux est d’utiliser un arrosoir à longue tige et pomme fine (beaucoup de petits trous). Il en existe en plastique, cuivre... Pour une collection très réduite, une bouteille d’eau dont le bouchon a été percé de multiples trous avec une épingle peut également convenir.

L’eau :la meilleure est l’eau de pluie à température ambiante.

Certaines espèces acidophiles comme les azalées ne supportent que cette eau. Pour la majorité des autres espèces, à défaut d’eau de pluie, on pourra utiliser l’eau du robinet décantée 1 jour ou 2 pour que le chlore s’évapore.

Lorsqu’on a peu d’arbre, on peut aussi utiliser de l’eau minérale à faible teneur en calcium comme la Volvic.

Eviter absolument d’arroser un arbre en plein soleil avec de l’eau glacée. En revanche, les pros japonais utilisent à la sortie de l’hiver une eau tiède pour arroser certains arbres qui ont subi les rigueurs de l’hiver. Dans certains cas (transport des arbres d’importation, vacances), on utilise les grains d’eau qui permettent de conserver le substrat humide pendant quelques jours.


Le sujet dans les ateliers Yama Goya :

Retrouvez ce sujet dans l’une des première parution française sur le bonsaï, la revue Bonsaika : n°1 - article 1