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Techniques de travail des genévriers - la taille d’éclaircissement

Pendant longtemps, les articles et les ouvrages traduits du japonais n’indiquaient, pour favoriser la ramification et la densification des genévriers, que le pincement (Metsumi en Japonais). Depuis quelques années maintenant, et surtout au contact des maitres japonais venant en Europe, nous découvrons d’autres méthodes permettant d’avancer dans la formation de nos arbres. Parmi ces méthodes, la taille d’éclaircissement ou taille sélective permet d’obtenir de meilleurs résultats que le pincement (metsumi). Ci-dessous un exemple de l’évolution en 15 mois d’un arbre travaillé suivant la technique de la taille sélective.

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Le J. chinensis de Zorg en juin 2010
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Le J. chinensis de Zorg en septembre 2011

Pourquoi le pincement fatigue l’arbre

Le pincement des nouvelles pousses (le metsumi, c’est à dire la suppression des bourgeons terminaux avec les doigts - la coupe aux ciseaux provoquant un brunissement à l’endroit de la taille) devrait être réservé aux arbres aboutis, et uniquement en vue d’une exposition. C’est une technique qui fatigue l’arbre. En effet, l’arbre mobilise au printemps les réserves stockées pendant l’hiver pour débourrer, le but étant que les nouvelles pousses produisent l’énergie nécessaire à la poursuite de la pousse par photosynthèse (en effet, les nouvelles pousses sont les plus efficaces pour la photosynthèse, leur rendement diminuant avec l’âge des aiguilles/écailles - cf article sur la photosynthèse). C’est une sorte d’investissement dans la nouvelle pousse. Si on laisse l’arbre pousser, le retour sur investissement (production d’énergie par photosynthèse) est important, tout va bien, l’arbre se renforce et est en pleine santé. Si par contre on pratique un metsumi, l’ensemble de l’énergie investie dans la nouvelle pousse est perdu, il n’y a aucun retour pour l’arbre. Il doit donc à nouveau investir (produire un nouveau bourgeonnement), en puisant dans ses réserves.

Voila pourquoi cette technique est à réserver à la préparation pour une exposition, en égalisant toutes les extrémités des rameaux, pour faire de jolis nuages ou plateaux bien réguliers chez les genévriers à écailles, type Juniperus chinensis.

Par contre, certains conseillent de le faire sur Juniperus squamata et J. formosiana, la pousse étant particulièrement vigoureuse. Mais encore une fois, il faut le faire au bon moment, avec un programme de travail construit, avec l’arbre et pas contre l’arbre.

Technique de la taille d’éclaircissement, ou taille sélective

Maitres Murakawa (père et fils) utilisent cette technique, ainsi que Francisco Ferreira et Thierry Font, qui l’a apprise auprès de M. Kawabe. Danny Use l’enseigne également à ses élèves. Il s’agit ici de sélectionner les pousses à l’intérieur du feuillage, en supprimant les faibles ou celles qui poussent vers le bas, tout en conservant des pousses avec bourgeons terminaux vigoureux, ou encore réduire un rameau derrière une pousse vigoureuse. Il faut nettoyer le feuillage, donc enlever tous ce qui est faible.

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Ce que l’on appelle une flèche

Les extrémités des branches et rameaux ont des bourgeons plus vigoureux (dominance apicale). Ils s’allongent jusqu’à prendre une forme de flèche (voir photographie ci-dessus). C’est aussi grâce à ces bourgeons qu’on aura un bourgeonnement arrière à l’aisselle d’une branche et d’un rameau. On peut cependant réduire en supprimant le rameau qui porte ce type de bourgeon, à condition que derrière on ait un rameau avec un bourgeon terminal vigoureux. On laissera pousser ce rameau pour qu’il retrouve la vigueur du rameau supprimé, tout en supprimant les rameaux faibles en amonts (qui consomment de l’énergie en en produisant). Cela permet à la lumière d’entrer dans le feuillage et de stimuler les bourgeons latents aux aisselles des branches ou même sur la branche.

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La partie qui va prendre le relais

Bien sur, pour avoir une bonne réponse de l’arbre il faut qu’il soit cultivé dans de bonnes conditions... Nourriture et autres. Si l’arbre est bien cultivé, on obtient un bourgeonnement arrière important :


Cette taille est beaucoup plus précise, car on choisi exactement là où l’on veut une réaction en stimulant de nouvelles parties fortes. Ainsi on peut revenir en arrière sur du nouveau feuillage et garder la forme de l’arbre sans avoir à poser du fil (si la structure des charpentières est posée, bien sur).

Quand effectuer la taille d’éclaircissement ?

Le nettoyage du feuillage peut être effectuer en fin d’hiver ou au printemps et la coupe des flèches lorsque la pousse est déjà bien avancée.
Il faut distinguer les arbres jeunes, avec leur "fougue", et les arbres plus vieux, mieux établis, qui eux pousseront de manière plus homogène. Dans le premier cas, on coupe une flèche, dans le deuxième, on coupera plutôt un "pompon", mais uniquement si on est sur d’avoir un pompon plus en arrière qui fonctionne (bonne croissance).

Il vaut mieux travailler les arbre en période de croissance, ainsi on est sur qu’ils réagissent immédiatement, qu’ils ne perdent pas de temps à se remettre. L’idée étant toujours la même, transférer l’énergie d’une branche à une autre, d’une flèche vigoureuse à une autre flèche vigoureuse qui va se développer.
Les dates de travail vont donc varier en fonction du climat, de l’exposition de chaque arbre et de sa vigueur.

Par ailleurs, il ne faut pas couper toutes les flèches d’un seul coup, il faudra décider selon chaque partie, au bon moment.

Au départ, l’arbre ne poussera pas uniformément (dominance apicale, exposition, etc). Ici encore, c’est une affaire d’énergie. Il faudra donc choisir ce que l’on coupe ou ce que l’on laisse encore s’allonger et grossir. Par exemple, si on a plusieurs flèches sur le haut de l’arbre et des plus petites sur le bas, on commencera par couper celles du haut et ainsi, celles en dessous profiterons de l’énergie mise à disposition. Et elles en profiteront le temps que l’arbre transfère cette énergie sur les nouvelles parties qu’on aura choisi de renforcer.

après le travail, l’arbre peut être mis à l’ombre pour 15 jours, ce qui évite le brunissement des parties coupées. Selon Thierry Font, c’est le travail suivi d’une culture en plein soleil qui fait brunir les pousses taillées.

En résumé…

On ne pince pas un Juniperus chinensis et a priori tous les genévriers à écailles (sargentii, itoigawa, pfitzeriana, etc...), et très probablement aussi les Juniperus sabina. On intervient aux ciseaux, pour éclaircir l’intérieur d’une masse foliaire, en supprimant les pousses faibles tout en conservant des pousses avec bourgeons terminaux vigoureux. Il faut nettoyer le feuillage, donc enlever tous ce qui est faible.

Merci à Zorg pour ses explications et photographies, ainsi qu’à Gwinru pour ses commentaires. Cet article est une synthèse issu de ce fil du forum

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