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Technique de Baudouin de Lorgeril pour former les pins sylvestre

Sur le forum, Imperim (Baudouin De Lorgeril) nous a présenté une méthode pouvant paraître un peu.... iconoclaste. Sa longue expérience de la culture du pin sylvestre et la qualité manifeste de ses arbres l’ont amené à exposer au congrès EBA 2010 à Zurich, où un de ses pins a été primé "Meilleur yamadori". Il nous donne ici plus de détails sur sa méthode...

Les premières découvertes...

Cà commence comme çà : qu’il est beau ce petit arbre ! On dirait un grand.

Aux détours d’une promenade en montagne je découvre que la nature génère des arbres tout petits : ils ont tout des grands arbres qui poussent à coté. Mais lui, tout petit arbre, il pousse dans une cuvette de pierre, une infractuosité de rocher ; l’autre, le grand à coté, il mesure 15 mètres, peut être 20 ; le petit il mesure quelques 50 cm, mais ils se ressemblent : ils sont aussi âgés et aussi éprouvés l’un que l’autre, par les intempéries et par le poids des ans. Il a tout d’un grand, le petit, sauf la taille ! C’est merveilleux ! La nature a fabriqué un arbre miniature, c’est de l’ordre du merveilleux ; comme un enfant, je suis ébloui par tant de beauté.
Après l’émerveillement vient l’étonnement : pourquoi ?
Voilà, là est toute l’histoire du bonsaï !

Je décide de ramener ce petit arbre chez moi ! C’est là que commencent les problèmes : problème du prélèvement ; mais c’est rien encore, car une fois à la maison il faut l’acclimater ! 1600m ramené au niveau de la mer, çà doit faire un choc pour quelqu’un qui vit depuis une bonne centaine d’années dans la montagne à cette altitude, sous la neige, la glace, les vents violents, avec pour seul engrais d’hypothétiques crottes de bouquetins.
Mais c’est rien encore ; car se substituer à mère Nature, ou plutôt l’assister, l’aider, etc. çà s’apprend, et quand on n’a pas de connaissance en botanique, il faut tout apprendre !
Mais çà n’est rien encore !! Car le bonsaï ce n’est pas seulement de la botanique ou de l’agriculture.
L’agriculture çà s’apprend, somme tout assez vite ; en autodidacte on fait des erreurs, mais on apprend mieux car quand on se rend compte de l’erreur on ne la refait plus jamais : on appelle çà l’expérience, et cahin-caha çà vient.
Une fois, décontenancé par d’autres problèmes (de famille), j’en ai oublié de mettre la couche de drainage. Aussi maintenant quand mon arbre commence à ne pas bien aller je vais tout de suite voir la motte de terre et les racines ; car le plus important pour un arbre c’est le sol dans lequel il vit ; dans la nature, la graine se développe dans le lieu et le substrat had-hoc, c’est à dire favorable à son épanouissement. Dans la nature c’est la graine qui choisit et qui germe et se développe là ou le substrat est le bon, là où il y a tout ce qu’il faut pour croître et embellir : elle devient un jeune plant puis un arbre ; dans la cuvette du rocher il doit y avoir tout ce qu’il faut pour devenir centenaire et plus. Donc dans nos pots à bonsaï, il faut redonner un substrat favorable comme dans la cuvette de pierre dans la montagne.
Ce fût ma première conclusion ! Alors, j’ai étudié la terre et les bonnes conditions de rétention et d’arrosage etc.. Mais je n’étais pas encore bien avancé car mon premier plant prélevé n’a pas survécu longtemps, zut ! Il devait y avoir quelque chose que je n’avais pas compris !

Comme je ne savais finalement pas grand-chose des arbres et des petits vieux arbres qui poussent dans des cuvettes de pierre dans la montagne, j’ai observé les arbres dans la montagne.

Culture

Pourquoi ce petit vieil arbre dans la montagne dans sa cuvette est devenu petit et vieux et est toujours là cent ans après, comment fait la nature ; comment se fait-il qu’au printemps lors de la fonte des neiges dans son substrat complètement détrempé il fasse de toutes petites feuilles et qu’il soit si ramifié ?
Le pin sylvestre adore l’eau et l’humidité (c’est d’ailleurs un paramètre important dont il faudra tenir compte lors de la composition du substrat). Comme je le dis, il pousse très bien dans l’eau, j’en ai vu de très beaux exemplaires très bien ramifiés, aux belles aiguilles vertes et bien piquantes dans les tourbières d’altitude remplies d’eau lors de la fonte des neiges et cela jusqu’à presque début juin.
Alors quoi ? En altitude il n’y a pas comme dans nos poteries bonsaï de fautes dûes à l’engraissage, à un mauvais substrat, ou à l’apport d’eau : l’ensoleillement est intense ; l’irradiation solaire est capitale ! Observez où poussent les pins sylvestres : ils sont sur les versants ensoleillés.
Donc dans nos poteries les pins doivent être exposés en plein soleil ; le soleil fournit l’énergie, les photons pour la photosynthèse ; et d’autres rayons viennent aoûter les aiguilles, c’est à dire durcir les aiguilles dès qu’elle sortent de la chandelle ; aux environs des mois d’avril-mai en altitude ; car le soleil commence à être plus présent, plus actif tout au long des journées qui s’allongent peu à peu et qui sont moins nuageuses.

C’est ce qui explique les petites aiguilles en haute montagne, mais ce n’est pas tout car dans nos poteries il faudra veiller non seulement à ce que notre petit pin ait beaucoup de soleil pour qu’il trouve l’énergie, mais aussi de l’engrais pour se développer. Il faudra aussi veiller à ce qu’il ait l’humidité et une aération suffisante au niveau de la motte racinaire et de sa ramure. Il faut tout connaitre de ses besoins, démonter tout le mécanisme de son fonctionnement et savoir, quand il est dans le pot, gérer tout cela pour pouvoir intervenir à tout moment en cas de besoin.
En fait il faut combiner les différents paramètres qui se conjuguent entre eux pour fabriquer un vieux petit arbre aux racines hyper ramifiées auxquelles correspondent des branches ramifiées aux aiguilles courtes et fermes de ½ à 1 cm pour un arbre de 15 à 20 cm, voire 2 cm si sa taille est plus grande.

Pour bien se soigner, il faut comprendre sa maladie, disent les médecins : et bien pour avoir un beau pin bonsaï, il faut bien comprendre son fonctionnement et ses besoins aux différents moments de sa vie : il faut vivre bonsaï, il faut ressentir bonsaï, manger bonsaï, respirer bonsaï : c’est une attention de tous les jours.

Le pin vit en symbiose avec un champignon : quand on veut un pin en bonne santé il faut aussi cultiver ce champignon ; ca tombe bien le pin aime l’humidité et le champignon aussi ; mais attention ce ne sont ni l’un ni l’autre des plantes aquatiques ! Certes il faut que la motte soit toujours humide pour bien cultiver le mycorhize, mais il ne faut pas que l’eau stagne ; donc il faut un sol très drainant, un bonne couche de sable drainant et un substrat très sableux presque que du sable semble même aussi bien convenir ; et comme tout cela est très drainant et sèche très vite du fait que le pin aime être très aèré, il faut l’arroser autant que nécessaire pour que la motte reste humide ; s’il est exposé en plein soleil les aiguilles s’aoute vite et l’eau n’a pas le temps d’allonger les aiguilles ; et des bourgeons en arrière apparaîtront plus vite après la taille (voir plus loin).

Donc du drainage, du sable, de l’air, de l’eau et de la lumière du jour (soit une exposition au milieu du jardin un peu en hauteur - je dis lumière du jour mais un soleil voilé convient aussi, un ciel avec des nuages convient aussi).

Taille

Merikiki, metsukeke, je ne connais pas ! D’ailleurs je ne sais pas ce que cela veut dire tout ce vocabulaire exotique, ou tout du moins j’ai oublié ce à quoi ça correspond, car moi aussi j’ai lu des livres où tout est dit et son contraire (dans le même ouvrage d’ailleurs). Je taille mes pins en mai ou juin ou juillet et même en août voire septembre et quelques fois en juin, puis une deuxième en septembre octobre, quand la forme de la ramure se déforme. Après la pousse du printemps, les chandelles se développent et donnent des rameaux plus ou moins longs (et d’autres plus ou moins courts) certains rameaux partent dans tous les sens, vers le bas, d’autres vers le haut et d’autres là où il ne faut pas ; et bien quand la pousse a fini de se déployer et que les aiguilles commencent à durcir sous l’effet des rayons solaires, je taille pour donner la forme que je veux à mon arbre , et je coupe au milieu de la nouvelle ramule ou au ¾ , si c’est la longueur qu’il faut pour obtenir la forme désirée et qui donne l’aspect d’arbre, et je taille au besoin toute la ramule si nécessaire, ou je la laisse entière.
Les ramules sont complètement développées et si l’ensoleillement est suffisant, les aiguilles durcissent en juin (ca varie bien sûr selon les années, selon les régions, l’altitude, etc. alors on peut tailler et "sculpter" la partie verte pour donner une forme qui se maintienne effectivement jusqu’au printemps suivant.

Pas de désaiguillage.

Plus vous taillez dans le feuillage et plus il se ramifie (même chose pour les racines) c’est l’observation de la nature et c’est logique, pas besoin de théorie scientifique compliquée pour faire ce que la nature fait- comme par exemple les animaux sauvages (ou les ruminants dans un pré) qui broutent les jeunes pousses fraiches et tendres (je me souviens d’un épicéa prélevé sur un versant de montagne où des moutons broutaient tout ce qu’ils trouvent).

Engraissage

Engrais liquide plutôt azoté de juin à août puis engrais organique de septembre à décembre ; je laisse les boulettes en place sur la terre jusqu’au printemps.

Importance de la localisation géographique

On peut obtenir de bons résultats sans doute partout mais il faut respecter le besoin principal des pins : la lumière (le pin a d’autant plus besoin de lumière par rapport à un feuillus qu’il a des feuilles étroites comme des aiguilles, ce qui lui permet de résister à la sècheresse, mais l’inconvénient c’est qu’il lui faut d’autant plus de lumière.)

Et sur d’autres espèces ?

Je possède principalement des pins sylvestres mais aussi 3 pins mugo, 2 Pinus uncinata, 1 Pinus pentaphylla et 1 pin noir du japon ; j’oubliais les épicéas, mais je n’ai plus de mélèze, Pinus cembro et pin d’Alep que j’ai étudiés de près également.

En conclusion ...

Ces informations sont simples. C’est de l’agriculture, mais il y a encore d’autres choses, qui sont du domaine de l’esthétique et du design : là c’est autre chose mais ça ne s’explique pas par écrit. C’est un autre domaine.
J’espère que vous n’êtes pas déçus, car toutes ces infos sont simples.
C’est comme çà que çà marche le mieux ! (Avec mes pins, dans ma région - Monaco - et sur ma terrasse.) Et dois-je rappeler que les rayons solaires ont amené la vie sur notre planète ?

Cet article est une compilation d’un fil du forum Biologie, santé & espèces. Comme l’indique l’auteur, cette méthode donne de bons résultats à Monaco, donc en climat méditerranéen.
Par exemple, en juillet et août les températures moyennes sont comprises entre 21 et 26 degrés, et oscillent entre 8 et 12 degrés en janvier.
Le soleil brille en moyenne entre 4 heures/ jour en décembre et 12 heures/ jour en juillet. Ce qui nous fait en moyenne 1000h de plus de soleil par an à Monaco qu’à Lille !...presque 3h par jour !
Il est donc probable que cette technique nécessite quelques modifications dans des régions au climat différent.

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