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Les mycorhizes

Quand les champignons vivent en symbiose avec nos arbres.

Les myco. quoi ???

Ce sont des champignons qui vivent en symbiose [1] avec un arbre ou une plante. Cette association réciproquement profitable de l’arbre et du champignon présente un grand intérêt pour le maintien de la vigueur des bonsai.

1.Quelques généralités sur les champignons :

Par abus de langage on nomme champignon ce que l’on ramasse en forêt et que l’on met dans son panier. Mais au sens strict du terme ce sont les fructifications des champignons (carpophores) que l’on cueille. La partie principale, le mycélium (en photo en bas de l’article), est constituée d’un ensemble de filaments ouateux qui poussent dans le sol. Il peut être très étendu et cependant invisible à l’oeil nu. Le mycélium forme des fructifications si les conditions sont favorables.

Les champignons constituent un règne à part, le règne fongique [2], car ils n’appartiennent ni au règne animal, ni au règne végétal. Leur comportement alimentaire les rend davantage semblables aux animaux qu’aux plantes. Tout comme les animaux, ou comme nous, les êtres humains, ils sont hétérotrophes vis-à-vis du carbone, c’est-à-dire qu’ils ont besoin d’une source de carbone organique externe pour arriver à s’alimenter, contrairement aux plantes vertes qui produisent elles-mêmes ces éléments grâce à la photosynthèse.

D’après la provenance de leur nourriture, les champignons se divisent en trois groupes : les champignons symbiotiques [3] (ils vivent en symbiose avec des plantes vivantes ; ce sont par exemple les champignons mycorhiziens ou les champignons lichéniques), les champignons saprophytes [4] (ils décomposent la matière organique) et les champignons parasites [5] (ils vivent aux dépens d’organismes vivants).

Ici, seul le premier groupe nous intéresse car il est le seul à apporter un bénéfice à nos petits arbres. Les champignons saprophytes vont consommer l’engrais que l’on donne à notre arbre, ce qui n’est pas un bénéfice, mais peut nous apporter le plaisir de contempler un petit bout de nature. Pour le dernier groupe inutile d’en dire plus, ils sont à éviter à tout prix.

2.Le cycle reproducteur des champignons :

Des millions de spores [6] sont emportées dans la nature. Une très faible partie d’entre elles atterrissent sur un substrat intéressant, au moment opportun, dans les conditions de température et d’humidité idéales. Elles germent alors et un mycelium primaire se développe. Si des conditions idéales sont maintenues, les mycéliums primaires issus de différentes spores se rencontreront et il y aura fusion pour donner naissance au mycélium secondaire. Lui seul pourra entrer en symbiose avec l’arbre et avec un peu de chance donner des fructifications. Les carpophores apparaissent alors et disséminent leurs spores, la boucle étant ainsi bouclée.

3. Les mycorhizes définition :

La mycorhize (du grec « mukês » pour champignon et « rhiza » pour racine) est l’association symbiotique d’un champignon avec les racines d’une plante. En d’autres termes, c’est une racine colonisée par un champignon mycorhizien qui en a modifié la morphologie. En effet, le champignon entoure d’un épais tissu de filaments (appelé le mycélium) l’extrémité des radicelles. L’aspect des racines mycorhizées varie largement d’un champignon à l’autre. Près d’un tiers des carpophores de nos forêts sont des champignons mycorhiziens. Nous en comptons quelque 2000 espèces.

Bon nombre de champignons mycorhiziens sont tributaires d’hôtes spécifiques, c’est-à-dire qu’ils colonisent des espèces ligneuses bien déterminées et qu’on ne les trouve que sur ces arbres (comme le Bolet du mélèze ou le Lactaire sanguin de l’épicéa). Certains, comme les Hébélomes (Hebeloma sp.) ou les Laccaires (Laccaria sp.), ne symbiotisent que les plantules et les jeunes arbres de l’âge des fourrés.

4. Les fonctions de la mycorhize :

La mycorhize est un organisme dans lequel l’arbre et le champignon mycorhizien s’échangent des matières. Tandis que l’arbre fournit au champignon les sucres élaborés lors de la photosynthèse, ce dernier lui offre en échange des éléments nutritifs, comme l’azote (N) et le phosphore (P), qu’il a prélevés dans de minuscules espaces poraux du substrat, à l’aide de ses hyphes [7] fins. Étant donné que les hyphes se répandent largement dans le substrat, la surface d’absorption est beaucoup plus grande que celle occupée par les poils absorbants des arbres non mycorhizés. Le développement d’une mycorhize dure de quelques jours à quelques semaines. Il a pour effet de stopper la croissance longitudinale des radicelles et d’inhiber la formation des poils absorbants . Les hyphes de la mycorhize prélèvent alors pour les racines les éléments nutritifs et l’eau nécessaires à l’arbre. Une mycorhize vit généralement durant une ou deux périodes de végétation. Mais sa présence n’empêche pas les racines, au printemps, de s’extraire du manteau fongique qui les entoure ni d’être colonisées par un nouveau champignon mycorhizien.

Les mycorhizes protègent aussi l’arbre des effets toxiques des polluants. Depuis le début de l’industrialisation au 19e siècle, les émissions de polluants contiennent entre autre des métaux lourds qui sont véhiculés par l’eau de pluie. Si certains de ces éléments, tels le fer, le zinc ou le cuivre, sont indispensables à la plante, d’autres sont toxiques, comme le plomb, le cadmium, le nickel, le mercure ou le chrome. Les métaux lourds n’étant pas décomposables, ils s’accumulent dans le substrat et constituent ainsi un danger croissant pour les organismes vivants. Mais une partie des champignons mycorhiziens y résiste particulièrement bien, même lorsque leurs teneurs dans le sol sont élevées. Tout comme l’aluminium, certains métaux lourds se fixent dans le mycélium. Chez les plantes mycorhizées, ils sont retenus dans le manteau fongique et ils ne parviennent à la racine de l’arbre qu’en quantités réduites. Ici, la mycorhize est comparable à un filtre.

Comme nous l’avons déjà mentionné, les mycorhizes favorisent l’absorption par les racines des éléments nutritifs et de l’eau, et améliorent la protection de la plante contre les polluants. Par ailleurs, les arbres mycorhizés tolèrent mieux les facteurs stressants d’ordre abiotique [8] et biotique [9]. Le champignon élabore des sucres, comme le mannitol ou l’arabitol, qui rendent les racines plus résistantes au gel. En outre, il synthétise des antibiotiques, et favorise la flore microbienne dans le manteau fongique, ce qui augmente le pouvoir défensif des plantes contre les pathogènes contenus dans le substrat. Enfin, les phytohormones formées par les champignons mycorhiziens (p. ex. auxine, gibérelline, cytokynine, éthylène) favorisent la croissance des plantes.

5.Comment mycorhizer nos bonsai ?

5.1 Généralités

Il y a deux méthodes pour ensemencer notre substrat et obtenir une symbiose entre l’arbre et le champignon. La première est d’introduire des spores dans le substrat et d’espérer qu’elles "germent". La seconde est d’ajouter lors du rempotage un morceau de mycélium dans le substrat.

5.2 Avantages et inconvénients de l’ensemencement par sporification

La méthode d’ensemencement par sporification permet à coup sûr de mycorhizer notre arbre avec le champignon de notre choix, et de préférence celui qui aura la plus grande affinité avec l’arbre. La première difficulté consiste à connaître le champignon le mieux adapté à l’arbre, et ensuite de savoir le reconnaître. Sinon, un autre champignon mycorhizien peut convenir mais il apportera des bénéfices moindres à l’arbre. Une fois le champignon déterminé il faut commencer par déterminer à quelle saison celui-ci fructifie. Ensuite il faut battre la forêt pour en trouver quelques exemplaires à ramener à la maison.

ATTENTION, certains sont extrêmement dangereux et il convient d’utiliser des gants en plastique pour les cueillir et des sacs congélation hermétique pour les transporter. Pour que la symbiose opère il faut faire coincider la "germination" des spores et la pousse du chevelu de l’arbre. Il va donc falloir ensemencer les substrat au moment de la reprise de l’arbre au printemps, soit en semant les spores dans le nouveau substrat lors du rempotage, soit en les déposant sur le substrat si aucun rempotage n’est effectué.

Le principal inconvénient de cette méthode vient du fait que l’on utilise un substrat très drainant, et le risque est important de lessiver le substrat lors de l’arrosage et d’en supprimer la quasi-totalité des spores. L’adjonction d’écorce de pin compostée dans le mélange du substrat pourrait aider à les fixer. Une autre solution pourrait consister à réaliser des petites boulettes d’argile contenant les spores que l’on ajoute alors dans le substrat. Il est également possible d’utiliser plusieurs variétés de champignons en même temps et de tenter une mycorhization à partir de plusieurs souches.

Cette méthode peut être utilisée pour les ectomycorhizes et les endomycorhizes à ceci prêt que pour les endomycorhizes il faille partir d’une suspension sporale commerciale car ces champignons ne fructifient pas.

5.3 Avantages et inconvénients de l’ensemencement par le mycelium

C’est de loin la plus aisée à réaliser. Il est possible lors du rempotage d’un arbre de récupérer le mycelium directement dans le substrat et sur les bords du pot. En ajoutant ce mycelium au nouveau substrat lors du rempotage le tour est joué. C’est le seul cas où l’on peut conseiller d’utiliser une part de l’ancien substrat lors d’un rempotage.

L’inconvénient de cette méthode est que l’on ne sait pas quelle variété de champignon mycorhizien on introduit dans le milieu de culture.

6.Bien protéger les mycorhizes :

Maintenant que votre arbre est bien mycorhizé, il faut s’assurer du maintien de cet équilibre. Car comme tout équilibre biologique celui-ci peut être mis en péril rapidement. Il faut tout d’abord éviter de surcharger en azote lors de la fertilisation car l’azote est un "toxique" pour le champignon. Attention à ne pas non plus tomber dans l’excès, une fertilisation normale ne nuira pas au champignon, évitez simplement les engrais NPK 10-3-3.

Un autre danger pour le champignon symbiotique sont les traitements contre les maladies cryptogamiques. Le cuivre et le souffre sont certes très efficaces contre les champignons parasites mais ils le sont également sur les mycorhizes. Lorsque vous traitez par pulvérisation, protégez le sol avec un sac plastique pour que le produit n’entre pas dans le substrat. L’utilisation de produit systémique est donc déconseillée. Un produit fait cependant exception, le Fosétyl-Al, commercialisé sous le nom Aliette, il n’a pas d’effet négatif sur les mycorhizes et est d’une très bonne efficacité. De plus il est systémique.

7. Quel champignon choisir ?

Les informations données ici sont issues d’un magasine France Bonsai, elles donnent la meilleur association arbre champignon. Bien sur la liste est très sommaire :

Castanea sativa Amanita rubescens
Picea abies Hebeloma crustuliniforme
Quercus ilex Laccaria laccata
Pinus pentaphylla Rhizopogon roseolus
Pinus thunbergii Pisolithus tinctorius
Pinus pinaster Rhizopogon roseolus
Pinus pinaster Scleroderma citrinum
Pinus sylvestris Rhizopogon subareolatus
Pinus sylvestris Suillus granulatos
Pinus sylvestris Suillus variegatus
Pinus radiata Rhiropogon vulgaris
Pinus radiata Suillus bovinus
Pinus radiata Suillus luteus
Larix decidua Hebeloma edurum
Acer palmatum Suillus grevillei
Fagus sylvatica Russula mairei
Betula pendula Cortinarius armillatus
Quercus robur Amanita aspera

Quelques exemples :

Pour les reconnaître :

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mycorhizes sur une racine
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mycorhizes dans le substrat

Photos de Penjing

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cèpes des pins
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lactarius glyciosmus sous des bouleau
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disciostis venosa sous un genevrier
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Champignon sous un picea

Photo de Diex

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corpins micacés sous un orme champêtre

Photo de MBdeMAIBELLE

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bolet élégant sous un mélèze

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