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Les bois morts

Par Patrice BONGRAND

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Introduction

Il y a deux sources d’inspiration dans l’art du bonsaï : les spécimens superbes des maîtres japonais et les arbres vénérables de la nature.

Mais le sentiment essentiel que nous désirons créer sur nos petits arbres, c’est l’âge, la maturité, la patine du temps.

La plupart des techniques utilisées en bonsaï ont pour objectif de renforcer cet aspect.

Créer du bois mort sur un arbre (ou mettre en valeur celui déjà existant) va, de façon évidente, améliorer son esthétique. Encore faut-il que cela soit cohérent avec l’arbre : le bois mort raconte une histoire de l’arbre, une expérience de son vécu.

Jin (morceau de branche morte), shari miki (écorçage du tronc ou branches), saba miki (tronc creux), uro miki (trou qui traverse le tronc) sont autant de possibilités de bois mort.

Mais on ne fait pas n’importe quel type de bois mort sur n’importe quel type d’arbre (espèce).

Voyons ce que la nature peut nous enseigner.

Quelques exemples de bois morts dans la nature :
pin à crochet

genevrier

On va probablement s’inspirer plus facilement des arbres qui vivent dans des conditions climatiques difficiles, comme en montagne. En effet, ceux-ci exprimeront toute la dramatique de la vie en altitude.

Dans la création de bois mort, comme dans la pratique de l’art du bonsaï en général, il existe plusieurs voies pour atteindre son but.

Désirons-nous avoir un résultat évident tout de suite ou voulons-nous travailler sur la durée en collaborant avec le temps qui passe ?

Il n’y a pas une technique pour créer un bois mort, mais une association de plusieurs techniques qui, ensemble, pourront nous permettre d’obtenir le résultat souhaité.

Croire que l’on peut créer un beau bois mort sur un arbre en quelques heures est illusoire, il faut aussi prévoir l’évolution de celui-ci dans le temps.

Les techniques employées vont dépendre surtout de la qualité du bois et de l’espèce travaillée.

Si nous travaillons sur du bois dur, les travaux et techniques seront parfois différents de ceux utilisés sur du bois tendre.

Je rappelle un élément important en bonsaï :

ON PENSE TOUJOURS AU FUTUR DE L’ARBRE, UN BONSAI SE CONSTRUIT POUR DE NOMBREUSES ANNEES.

Nous créons les arbres pour les futures générations.

Si nous voulons pratiquer cet art correctement, il faut sortir de cette vision du résultat immédiat et se projeter sur l’avenir et gérant les travaux ETAPE APRES ETAPE.

Que ce soit un jeune sujet ou un vieux, le problème est d’abord de connaître la vigueur de l’arbre et de savoir depuis combien de temps il est en pot (culture ou pot à bonsaï).

Faire un travail aussi sévère que les bois mort stresse beaucoup un arbre.

Sur les feuillus c’est une autre paire de manche, Murata, très grand maître dont on entend peu parler, dit qu’il faut laisser faire la nature car après tout, ce que nous désirons obtenir sur un bonsai, c’est la patine du temps, le sabi et la wabi. Pour lui plus un arbre semblera naturel avec ses bois qui s’étiolent de plus en plus, plus nous serons dans l’ESPRIT de l’art du bonsaï.

Ce qui a motivé les premiers créateurs de bonsaï, c’est d’avoir chez eux des arbres en petit qui ressemblaient aux grands dans la montagne, donc le côté naturel est essentiel.

Historiquement, c’est parce que le bonsaï est devenu commercial, que certains stratagèmes ont été utilisés, il y avait une nécessité de fournir des arbres qui semblent finis rapidement.

Ceci nous a été dit par certains maîtres japonais (Kawabe, Murata, etc...). Ils ont été critiqués au Japon, comme par certains européens.

Un autre élément : j’ai chez moi une dizaine de catalogue de l’expo japonaise KOKUFU, les plus vieux ont 15ans. On voit une progression très nette dans la finesse du feuillage et de la ramification, mais les arbres deviennent de plus en plus codifiés, construits .Et bien les arbres sont moins naturels maintenant, moins fous.

Il parait que c’est en train de changer.

Un bois mort doit être en concordance avec le comportement de ceux ci dans son milieu naturel.

Un ennemi à notre pratique du bonsaï c’est probablement soi-même, chacun l’aura expérimenté.

Les outils

On privilégiera l’utilisation d’outils à main : pince à fendre, ciseau à bois, pince à jin, pince à couper en biais, pince à fendre (très important), un couteau à lame courte bien affûtée, une ou deux gouges à bois, une brosse rotative nylon souple.

Toutefois, dans le cas de bois très durs (if, genévrier), on pourra utiliser des outils électriques.

Attention ! Avec ces outils électriques, on ne fera qu’un premier travail de « gros œuvre ».

Travail manuel ou mécanique, nous devons toujours travailler dans le sens des fibres du bois.

Travailler sur du bois sec ou humide, c’est tout un débat

Le chalumeau brûlant le bois, préférer le décapeur thermique.

Le chalumeau a un faible rayon d’action, par contre le décapeur peut être très dangereux. Il faut un peu d’expérience et beaucoup de soin pour ne pas attaquer les parties vivantes.

Il est préférable de mettre un embout réducteur à la sortie du décapeur (normalement livré avec le décapeur).

Il faut protéger, avec des spatules ou avec des plaques (autrefois en amiante - vendues dans les magasins de bricolage )pour protéger ce qui est autour quand on fait une soudure) les parties vivantes (veines, écorce vivante, feuillage).

Je n’utilise plus le chalumeau.

Liquide à jin

Liquide à jin ou pas ?

Tout dépend de l’étape de travail où nous sommes et de la qualité du bois de l’arbre. L’utilisation du liquide à jin va stopper l’évolution du bois mort.

S’il s’agit d’un arbre de culture, le bois est moins dur qu’un yamadori de montagne, il sera peut être alors nécessaire de mettre (un peu) de liquide à jin.

Je sais que cette histoire de liquide à jin ou pas est sujet à polémique tout comme le tanuki . C’est juste une question de choix personnel, faites vos essais sur vos arbres (5 ans minimum), voyez les résultats et faites les choix qui correspondent à votre coeur.

Le liquide à jin (vendu dans le commerce) est la solution finale et est probablement inutile sur certains bois mort de yamadori.

En deux mois, au soleil, après tout le boulot dit plus haut, mes bois morts deviennent gris (voir photo shari sur l’article sur le pin que j’ai fait dans esprit bonsaï N°10).

Si nous avons un shari naturel fait par dame nature et que nous avons fait l’erreur d’y appliquer du liquide à jin, il y a une solution : une mini-sableuse, un compresseur et beaucoup de temps.

Les techniques

L’important est que ce soit cohérent avec l’arbre, le shari doit être placé là où un évènement naturel l’aurait provoqué (chute de pierres, chute de grosses branches, foudre, tempête).

LE BOIS MORT EST VIVANT !

Le jour où je me suis rendu compte de ça, ça a changé ma vie de bonsailliste.

Le bois est une matière organique, il continue à interagir avec son milieu ambiant.

Nous voici donc confronté à un problème :
- Avoir de beaux bois morts qui donnent un vécu unique à nos bonsaï et renforcent leur aspect naturel.
- Pouvoir conserver celui ci le plus longtemps possible.

Quand on vous dit qu’il faut observer la nature, elle a trouver la solution :
Tous ce qui est du bois tendre, pourrit et s’en va, tout ce qui es dur (l’AME DU BOIS) devient encore plus dur par la succession d’évènements climatologiques (soleil, eau, vent).

Nous voici devant notre bonsaï ! !

Quel type de bois j’ai devant moi (espèce et variété de l’arbre ? yamadori ? culture ?)

Comment faire comme la nature ? Pouvons nous accélérer le processus ?

Jin : Pour créer un jin

- Le futur jin avec une branche qui vient d’être coupée :

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- Délimiter l’écorçage avec un couteau.

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- Avec une pince à fendre, tirer des morceaux de fibres

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- Avec une pince à jin, tirer fibre après fibre.

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- Passer une petite brosse rotative dans le sens des fibres

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Lors de la taille des branches, laisser des moignons d’au moins 5 à 10 cm pour pouvoir ensuite les transformer en jin.

Shari : Pour faire un shari

Tirer les fibres avec une pince à jin

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fibres tirées avec pince à jin

Passer une brosse de nylon souple

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polissage à la brosse nylon
  • Si l’arbre est en pleine forme alors il est possible de réaliser le shari en une fois :
    • Délimiter les bords du shari avec une craie puis sur le trait couper l’écorce au couteau, après écorcer, puis tirage des fibres etc...
    • Pour que le bourrelet cicatriciel soit cohérent et régulier tout le long du shari, il est préférable de le faire en une fois et puis s’il n’y a pas coupe des canaux de sève, il n’ y a aucun risque pour l’arbre, surtout sur un pin noir, réputé pour sa vigueur.

C’est l’alternance soleil, vent, eau qui "patine" le bois.

Il est conseillé, lors de la réalisation du jin de mettre un peu de mastic japonais transparent sur le bord de la cicatrice (futur bourrelet cicatriciel).

La règle générale, il faut durcir les bois morts pour qu’ils se conservent mieux, mais comment ???

Après avoir délimité les bords du shari, ôter l’écorce avec un couteau. Voici le bois blanc. En cherchant à décoller la fibre pour la tirer il faut faire attention à ce que ça ne dépasse pas les limites du bord du shari. Si tu fais ça, tu agrandis encore ton shari et ça peut être dangereux pour ton arbre.

Un petit truc maison :

L’écorce est enlevée, avant de tirer la fibre, pulvériser sur le bois de l’eau et passer un coup de brosse nylon. Ainsi, le dessin et les mouvements des fibres du bois se verront nettement

C’est important car il va falloir "lire" ces dessins naturels de la fibre. Ainsi ces fibres vont "guider le travail". La grande erreur serait de ne pas être à l’écoute de ce que l’arbre veut dire.

Là où il y a eu des anciens départs de branches, les fibres tournent et contournent ces départs, c’est à exploiter. Le coeur de ces départs est un bois dur qui dans la nature reste en évidence au milieu du reste des fibres qui se délitent avec le temps.

Un shari n’est pas plat, il y a des creux, des vagues, des parties de bois plus tendres et des plus dures.

Il faut procéder délicatement fibre après fibre, avec une pointe fine de couteau (pas de lame souple), à 1 ou 2 cm du bord du shari. Attraper 3mm de large de fibre et tirer doucement avec une pince à jin. Attention à couper la fibre décollée sur le bord du shari (pour ne pas décoller l’écorce) et se laisser guider par la fibre.

Un autre petit truc : Aux endroits ou la fibre fait de belles vagues (comme par exemple autour d’un ancien départ de branches), il faut creuser un peu plus profond (sur 2 ou 3 mm de large) en tirant plus de fibres (voir photo shari ci-dessus). Regarder autour de l’ancien départ de branche qui est le coeur de la vague, comme un oeil, un point focal.

Etapes

Quand travailler ?

Il est toujours préférable de réaliser les travaux de bois mort bien avant la mise en forme de l’arbre.

Donc je disais, il y a certains qui préconisent de tirer les fibres humides (bois vert), c’est plus facile, les fibres cassent moins facilement, mais apparemment les jins et sharis ainsi réalisés se conservent moins longtemps et l’arbre se fatigue plus.

D’autres préfèrent travailler sur le bois sec, en ayant coupé les branches une année auparavant, ainsi l’arbre va "charger" de sève et de résines ce moignon qui se conserverait mieux plus tard (dixit les japonais).

On peut faire le travail de bois mort toute l’année.

Il est cependant recommandé de bien savoir différencier les travaux, de tenir compte de l’état de l’arbre et de sa variété, des travaux déjà effectués, etc........ après, c’est chacun sa technique.

En général, je préfère travailler hors saison, c’est moins dangereux pour l’arbre, et pour ses racines également. Même attachées solidement, les vibrations créent de gros dommages racinaires. Donc en hiver c’est bien.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire il est préférable de travailler le bois mort sur du sec, parce que l’on doit faire ressortir l’âme du bois (la partie la plus dure et la plus forte en émotion), la partie blanche du bois va très mal vieillir.

Comment travailler ?

Il faut analyser en premier les canaux de sève qui alimentent le feuillage, quels sont les plus vigoureux ?

Après il y a l’aspect esthétique, quel dessin du shari mettra le plus en valeur l’arbre, travailler en harmonie avec les mouvements du tronc.

- 1- Eliminer le bois pulvérulant, surtout pas d’outils électriques, ni de pinces, alors que peut-on utiliser ?
Des brosses très souples + eau savonneuse (quels types de brosses A VOUS DE ME DIRE !!!!).
Sableuse (très galère à mettre au point).
Y a d’autres solutions ????? Qui peut m’en proposer ???

- 2- Durcir le bois naturellement (le liquide à jin n’est pas le bon truc) :
Chalumeau, décapeur. (Y a-t’il une autre solution ????)

- 3- La nature est le véritable artiste. Ce bois qui va se dégrader va suivre exactement le mouvement naturel des fibres (attention nouvelles pistes, y’a des trucs).

Qu’il s’agisse de la création d’un jin ou d’un shari, il faut procéder par étapes.

D’abord tracer le contour à la craie et après sur le trait couper l’écorce assez profond avec une très bonne lame bien aiguisée.

Ensuite ôter l’écorce, avec la lame ou avec les pointes d’une pince en biais décoller les fibres et tirer dessus avec la pince à jin (petit à petit).

On tire de l’extérieur vers l’intérieur. Une fois tiré on se retrouve avec un problème ; pour ne pas aller trop loin il faut couper avec la lame bien aiguisée les fibres (ou avec de petites gouges).

Effectivement il faut être très vigilant, car si on tires trop loin et on massacre tout :

Quand on tire, faut savoir s’arrêter à temps (eh ! Y’a pas d’idée salace la dedans, j’en vois qui sourient).

Finitions

Josep Maria Miquel, a commencé à sabler, après travail à la main, un petit pistachier, il y a environ une dizaine d’années.

L’année dernière , fier de voir enfin le bois se fendre se craqueler ,vieillir quoi, et surtout se couvrir , par endroits, d’une fine couche de saleté "noble" naturelle, il le montre à Kawabe san qui commente positivement le travail du genre "encore quelques années et ce sera pas mal ..............II ou yoku ( en japonais)

Sur ce arrive un ami amateur , espagnol, qui dit à J-M :" pas mal tes bois morts , mais quand même , tu pourrais de temps en temps les nettoyer , ça fait sale.........!"

Un petit détail toutefois, n’utilise pas de mastic marron (genre lacbalsam) pour appliquer sur les bords du shari. D’abord c’est pas beau, ensuite c’est très difficile à éliminer par la suite, je conseille plutôt le mastic japonais transparent qu’il faut appliquer avec un petit morceau de bois plat (genre bambou) sur 2 ou 3 mm de large seulement.

Essences

Tout dépend des arbres.......... : par exemple sur les pins, au japon, il y a très peu de jin, parce que eux , ils savent fermer les grosses coupes de branches, nous ben c’est pas encore ça , alors hop on fait un jin......! Mais là encore sur un yamadori de montagne, on peut, sinon pourquoi faire du bois mort sur un arbre de plaine ???

Sur un feuillu c’est pareil, mais attention nos érables de Montpellier , par exemple sont truffés de bois mort......alors ???

Sur les genévriers, c’est différent, car pour moi, et je ne suis pas le seul, ils sont plus abstraits, plus sculpturaux, on peut tout faire, ou presque, tant que ça reste naturellement possible. A savoir structure des branches et ramification, disposition des feuilles naturelle, qui correspond à l’espèce. Il est incohérent de vouloir la même densité avec un phenicie et un itoigawa, si ça te plait pas t’en fais pas !!!

C’est ça le respect et tu construis le bois mort comme les branches ou le tronc se développent en harmonie.

J’espère que c’est assez clair ??? moi-même ......j’hésite..!

Quel type de bois mort, pour quel type d’arbre ????

Exemple : Pouvons nous faire un très gros jin partant de la base sur un pin style moyogi ?
La réponse logique est non, Un bonsaï raconte une histoire comme je l’ai déjà dit :

Une branche basse qu’elle soit en jin ou vivante, dans l’histoire de la pousse de l’arbre est certainement l’une des premières à être sorti de l’arbre (la plus vieille).

Si cette branche meurt et se transforme en jin, c’est donc un vieux jin et le bois des pins ne se conserve pas très longtemps.

Donc la logique veut qu’en poussant année après année l’arbre va avoir ses bois morts qui vont se détériorer, un jin bas sur un pin ne peux qu’être un moignon court, creusé par les intempéries.

Ten jin ou pas sur un pin et bien à nouveau, ça dépend ...

Est ce un qui pousse dans les collines, la montagne de moyenne, haute ou très haute altitude, est ce un pin sylvestre, un mugho ou un pin à crochets (la dureté et la résistance du bois aux intempéries n’est pas la même)

Bon, un ten jin est situé en cime, non ! Les branches sont moins âgées là haut, donc on pourrait imaginer qu’à cause d’un évènement climatique, un éboulis, une branche de cime meure, en quelques années ce sera un joli jin, Il peut tenir quelques temps, si nous ne sommes pas en très haute altitude.

Maintenant nous sommes dans les encantats en plein parc national des pyrénées espagnoles à 2750 m d’altitude, de très vieux pins à crochets ont le record d’altitude, ils sont prostrés massifs, tordus, puissants, il y a shari et quelques rares jin très courts, à ces altitudes les conditions climatiques sont extrêmes et pourtant ils ont plus de mille ans.

Donc rien n’empêche d’avoir un beau ten jin sur un pin mais cela ne pourra pas être sur un arbre qui exprime les très hautes altitudes (tordu, puissant etc...) mais sur un pin de moyenne et basse altitude, ce ten jin ne pourra pas être un énorme morceau de bois mort, même si cela pourrait être impressionnant, çà ne serait pas bon.

Juniperus

Sur un juniperus tu peux travailler les bois mort à partir de l’automne et pendant l’hiver (c’est pareil pour les autres essences), la raison principale est qu’en saison dit de repos, l’arbre perdra moins de sève, cela l’épuisera moins.

Une autre petite piste : les juniperus sont adaptés à tous les types de bois morts, tous, ce qui n’est pas le cas d’autres espèces. Les proportions d’un shari sont sans commune mesure sur un juniperus comparé à un pin.

Un juniperus pourra avoir 80% de bois mort, voir plus, avec une jolie petite veine qui alimente toute une masse foliaire imposante.

Par exemple sur un genévrier, on sait que les cellules des canaux de sèves sont structurées verticalement :

Souvent une branche est alimentée par une racine, il suffit de suivre verticalement les canaux de sèves.

En coupant cette racine, il y a des chances pour que la branche s’affaiblisse fortement (voir meure) qui était alimentée par cette racine, de la même façon, en coupant cette branche pour en faire un jin, la racine qui l’alimentait va avoir un gros retrait de sève et va certainement se dessécher. C’est ainsi que les genévriers fonctionnent dans la nature et qu’avec les années, les évènements climatiques, les éboulements (bref l’histoire de l’arbre), il ne reste plus qu’une veine vivante qui longe le bois mort et qui alimente la masse foliaire.

Sur juniperus on doit tirer de petites parties à la fois, tranquillement, une à une, si le bois casse pas de problème car si en utilisant les techniques présentées plus haut, le fini n’en sera que plus naturel.

Pin

Nous avons vu que sur les pins, on trouvait plus probablement des jins courts, des shari localisés.

Sur un pin sylvestre c’est quasi impossible de différencier l’écorce morte et vivante, on peut s’en rendre compte après un an ou deux parce que ça sonne creux sous l’écorce morte et puis en attendant encore elle finit par tomber toute seule.

D’autre part c’est aussi une question de logique : en coupant une grosse branche et de gros départs de racines, il y a de fortes chances que les pins fassent un gros retrait de sève au dessous de la branches et au dessus des départs de racines.

Non, ami, les japonais font du bois mort sur leurs variétés de pins, mais pas n’importe quel bois mort, comme nous l’avons dit précédemment.

Thierry Font nous a dit que les japonais préféraient fermer les cicatrices lors de la suppression des branches basses de leurs pins plutôt que d’en faire des jins.

Car leurs variétés de pins sont très vigoureuses et ils maîtrisent parfaitement la culture de ceux-ci.

Ils n’empêche que après avoir feuilleté plusieurs catalogues de l’expo la Kokufu ten, j’ai vu de nombreux pins avec de superbes shari mais peu de jin.

Le pin noir japonais, guro matsu (thunbergi) peut avoir des shari (voir pour exemple le dernier France Bonsaï N°46 page 8 (cet arbre est de Mr Kobayashi) ).

Sur un pin noir, si on fait un shari, il sera vertical, on vas pas sharier (le fait de faire un shari, eh oui c’est encore nouveau) sur tout le pourtour de l’arbre, alors on laisseras passer la sève là ou on laisseras de l’écorce.

Le pin à cinq aiguilles, goyomatsu (pentaphylla) est souvent présenté avec des shari et saba miki ( voir par exemple France Bonsaï N°46 page 18).

Le pin rouge japonais akamatsu (densiflora), que nous pourrions comparer à notre pin sylvestre, lui est plus rarement "sharié", mais on peut y voir des petits jin.

If

Sur l’if c’est encore pire si on taille de grosses branches à la mauvaise saison et qu’en plus on ne le met pas dans les bonnes conditions environnementales, il fait de très gros retraits verticalement mais aussi horizontalement.

Ce qui peut être très dangereux pour l’arbre. Les ifs fonctionneraient un peu comme ça aussi quoiqu’ils supporteraient plus les erreurs de création de veines.

Par contre les pins sont différents : couper une branche et la transformer en jin ne va pas affaiblir systématiquement les racines, donc sur un pin s’il y a un shari c’est dû à un accident (éboulement, foudre, poids de la neige qui arrache un branche et tout ce qu’il y a autour).

Sur l’if, c’est une autre paire de manche, c’est très dur. Malgré tout on peut tirer un peu les fibres et casser et utiliser des gouges, mais il faut laisser vieillir entre chaque intervention, c’est tout à fait illusoire de vouloir faire un bois mort en une seule intervention sur l’if (comme sur d’autres essences d’ailleurs), ne pas oublier pas que eau et décapeur thermique accélère le vieillissement du bois mort.

Feuillus

Sur les feuillus, c’est aussi différent, sur un érable tu peux couper toutes les branches (c’est d’ailleurs souvent ainsi qu’il faut faire pour les restructurer et retravailler sur des branches jeunes (idem, pour buis, olivier, orme etc...), cela ne va pas forcément provoquer de gros retrait de sève (sauf si tu l’expose au soleil ensuite).

Un chêne peut être complètement creux sans danger pour sa survie (on le voit dans la nature).

Tanuki

On doit TOUJOURS incruster un plant sur une même espèce que le bois mort : Juniperus sur juniperus (toutefois on peux y incruster une variété différente chinensis sur bois mort de communis), if sur if.

On utilise un bois mort d’une espèce au bois dur et qui se conserve longtemps, pas de bois mort de buis, de pin de culture, etc... Il n’y aurait aucune pérennité.

Note sur les yamadoris

Maintenant je me dois de faire une mise en garde à ceux qui font des prélèvements sauvages à outrance de pin à crochets :

Ce pin est un arbre de montagne qui vit en altitude et après plus de 10 ans d’expérience personnelle (et de nombreux constats d’amis ayant travaillé ce pin), je peux dire que le pin à crochets est difficile à acclimater dans des conditions climatiques trop différentes que son biotope. Si vous faites fonctionner cette espèce comme un pin sylvestre, il va s’épuiser et finalement mourir au bout de quelques années. Quel dommage d’augmenter la "variété CREVATA "par simple manque de réflexion.

Moi je défends un certain esprit de la pratique du bonsaï QUI VA DANS LE SENS DU RESPECT DU FONCTIONNEMENT NATUREL DE L ’ESPECE TRAVAILLEE.

Je sais que beaucoup d’amateurs en Europe parce qu’ils sont impatients ou ne savent pas, créent des sharis artificiels qui sont sans rapport avec ce que la nature ferait, genre tortillons autour du tronc.

Chacun son truc, moi je préfère y aller progressivement en coupant les branches (on laisse un moignon) placer dans les courbes de l’arbre au fur et a mesure sur plusieurs années et ça se fait tout seul et c’est beau et naturel (j’ai des exemples, des photos, des preuves quoi).

Salut
Patrice Bongrand

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