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Le prélèvement à l’italienne

Nous vous proposons une description d’une technique utilisée (entre autre) par nos amis italiens, avec des résultats particulièrement intéressants sur les feuillus méditerranéens, mais qui semble être aussi adaptée à des climats plus tempérés.

Le principe

Le principe du prélèvement en sac noir est en quelque sorte une prolongation de la technique du sac plastique utilisée pour récupérer certains arbres mal en point, et se rapproche de la technique de l’enfouissement utilisée principalement pour le prélèvement des cerisiers de Sainte-Lucie, sauf qu’on peut gérer l’humidité, la température, et le timing du développement des bourgeons. Le sac étanche maintient une humidité constante, comme le ferait la terre en cas d’enfouissement. Cette humidité évite un dessèchement de l’arbre, en attendant que les racines puissent fournir suffisamment d’eau. Le fait d’utiliser un sac noir augmente la température à l’intérieur, ce qui va entrainer une activité cellulaire plus élevée (les cellules se différencient et se multiplient aux coupes comme le cal d’une bouture, ce qui accélère la cicatrisation), et favorise l’accumulation d’auxine. En effet, l’auxine est dégradée à la lumière (une pousse se courbe toujours vers la lumière, et il y a toujours plus d’auxine du coté sombre - donc de l’extérieur de la courbe - que du coté lumineux - intérieur de la courbe), et favorise la formation massive de bourgeons axillaires sur le tronc et parfois depuis les coupes.
Ainsi, nous avons un arbre récemment prélevé qui est protégé de la déshydratation, et qui peut se consacrer pleinement à la cicatrisation et au bourgeonnement, tant au niveau aérien qu’au niveau racinaire.

Cette technique fonctionne apparemment avec tous les feuillus, persistants ou caducs.

Comment faire ?

On commence par couper toutes les branches sans laisser de feuilles en laissant uniquement la ligne de tronc, tout en laissant au moins 10cm de marge pour un éventuel retrait de sève.

Les racines sont traitées de la même manière, en coupant net.
Ensuite on rempote et on arrose bien. Le substrat est à adapter en fonction de votre région, mais doit obligatoirement être très drainant, afin d’éviter toute pourriture des jeunes racines ou des coupes au contact du substrat. En Italie, on utilise de la perlite, qui est légère et très drainante, sur laquelle on dispose une couche de pumice afin d’éviter que la perlite ne s’en aille à l’arrosage (la perlite étant très très légère).

Puis le prélèvement est placé dans un gros sac poubelle noir. Celui-ci est ensuite maintenu dans un endroit à environ 10/15°, soit en serre froide, soit en cave, en garage. Qu’importe du moment que la température est d’environ 10/15°.

Puis vers fin février/mars, le sac est mis au soleil, ça va chauffer et accélérer tout ça, sans dépasser 27°C. Donc soleil du matin ou du soir seulement en cette période et à partir de fin mars, le sac est mis à l’ombre quelle que soit l’heure ou la météo.

Enfin, quand les bourgeons font environ 2cm ou un peu plus de longueur, le sac noir est remplacé par un sac transparent, placé à mi-ombre, voire même ombre.

Tous les 2 jours environs, on aère le sac. On en profite pour pulvériser afin de maintenir l’humidité.

Au réveil de la végétation, faire deux ou trois petits trous d’aération, continuer les pulvérisations, mais uniquement lorsqu’il n’y a plus de buée sur le sac.

Il faut laisser l’arbre en sac transparent un bon moment, pour être sûr que l’arbre à fait des racines (gratter la terre ou regarder sous les trous de drainage). Si il est enlevé trop tôt les pousses vont se bloquer, voire sécher... c’est une bouture à l’étouffé en fait.

Le sevrage intervient lorsque la végétation a bien démarré, et se fait à mi-ombre pendant un petit moment.

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Exemple de cicatrisation après 1mois en sac noir

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Les première racines apparaissent un mois après la mise en sac

Et pour les conifères ??

Les conifères ne pouvant pas être défoliés, il n’est pas envisageable de les maintenir en sac noir pendant une longue période. On peut donc directement passer à l’étape du sac transparent, qui permettra une bonne photosynthèse, tout en maintenant une humidité élevée (attention au substrat utilisé).

Utilisation de la bioponie pour la reprise des prélèvements

La bioponie part du principe que les micro-organismes présents dans le milieu de vie de la plante peuvent fournir à la fois les nutriments nécessaires à sa croissance, mais également une protection contre les attaques de pathogènes.
Ainsi, les bactéries et champignons du sol vont optimiser l’assimilation des nutriments (mycorhizes), mais aussi empêcher le développement de bactéries ou champignons pathogènes (Trichoderma). Ainsi, les techniques de cultures doivent favoriser la croissance de ces micro-organismes.

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Bourgeonnement sur chêne vert

Les champignons

Ils sont à utiliser dès la mise en sac, car ils vont coloniser le substrat, et ainsi prévenir le pourrissement dû aux champignons pathogènes et aider la plante à assimiler les nutriments, dès l’apparition des nouvelles racines. La croissance des champignons étant stoppée à une température inférieure à 10°C, il est essentiel de maintenir une température adaptée (entre 10-15°C et 40°C).

Pour les champignons, il y a deux catégories, à mélanger au substrat :
- endomychorhizes (Glomus) pour les arbres à endomychorhizes
- ectomycorhizes (Pisolithus, Rhizopogon, Laccaria, Suillus...) pour les arbres à ectomycorhizes

Les champignons bénéfiques non mycorhiziens comme Trichoderma colonisent le substrat et empêchent les champignons pathogènes de s’y installer, transforment les racines mortes, les engrais organiques et la matière organique en éléments minéraux assimilables, et améliorent la qualité de la zone rhizogène en formant un manchon protecteur autour de la racine.

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Bourgeonnement sur érable de Montpellier

Les bactéries

Les bactéries bénéfiques colonisent le substrat et empêchent les bactéries pathogènes de s’y installer, transforment les racines mortes, les engrais organiques et la matière organique en éléments minéraux assimilables, et améliorent la qualité de la zone rhizogène.

On peut pulvériser régulièrement bactéries et champignons sur le tronc pendant la mise en sac, pour qu’il reste toujours humide et que les champignons pathogènes ne s’installent pas dessus (du mycélium est observé sur les tronc après quelques jours).

En résumé...

Cette technique pourrait permettre de réaliser des prélèvements jusque là impossibles, et d’assurer une meilleure reprise des autres prélèvements.

Elle se résume essentiellement à :
- passage en sac noir
- une fois les bougeons apparus, sac transparent
- sortie progressive du sac
- bioponie durant tout le processus, afin de protéger le prélèvement des champignons et bactéries pathogènes

bien sur, n’oubliez pas que tout prélèvement ne doit être réalisé qu’avec autorisation !

Merci à Tony pour les photos et son intervention sur le forum.

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