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Le choix d’un pot : Tenir compte des principes artistiques pour obtenir un bonsaï équilibré - par Rob Addonizio

Rob Addonizio a publié cet article dans la newsletter de la Société de bonsaï de Floride et donné la permission de le publier ici. Il vit à Lake Helen, en Floride, avec sa femme et ses deux fils, et est le propriétaire de Taiko Earth Pottery. Il réalise des pots traditionnels et fait main pour bonsaï. Il est un membre actif à la fois du KAWA club et de Central Florida Bonsai.

Comme un artiste, les potiers spécialisés, et quiconque a perdu sa part de pot et d’arbre dans les 16 dernières années, j’ai une perspective unique de l’art du bonsaï. Dans ces pages, je discute de ma quête personnelle : inspirer d’autres personnes pour créer la quintessence de la représentation artistique de l’arbre et du contenant. Ou au moins, apprendre quelque chose d’intéressant au sujet de l’art pendant le chemin !

Un conteneur adapté est pour le bonsaï comme un cadre adapté pour un tableau. Le meilleur choix devrait compléter la composition et équilibrer tous ses éléments. Naturellement, les besoins de culture de l’arbre sont toujours prioritaires. Ceci dit, s’il est choisi judicieusement et objectivement, le pot peut être utilisé pour mieux communiquer la vision personnelle de l’artiste. Les éléments de présentation que j’ai choisi d’explorer dans cet article comprennent le contraste, les espaces négatifs, les lignes et la couleur. En utilisant des photographies de Walter Pall, un artiste de renommée mondiale, je vais tenter de mettre en lumière certains de ces principes de base.

La proportion

Au moment de sélectionner un contenant esthétique, les proportions de l’arbre dans son contenant peuvent avoir un fort impact sur l’équilibre visuel. Si le pot semble trop grand, l’arbre paraîtra faible, l’inverse étant vrai aussi. Un pot paraissant petit donnera trop d’importance visuelle à l’arbre, en rompant l’équilibre.
Voici 2 photos du même arbre :


Figure 1


Figure 2

Les 2 pots sont d’un style traditionnel pour un érable. Ils sont tous les deux relativement plats et aident le tronc et le nebari à gagner en présence visuelle. Maintenant, observez la différence entre les deux contenants en terme d’équilibre. L’arbre de la figure 1 possède un feuillage qui domine la présentation. Le pot plat devient (inefficace) et le tronc semble perdu sous la masse de la cime de l’arbre. Comme s’il portait un short en elastane, le petit pot est trop petit par rapport au reste de la présentation (OK, un peu beaucoup, mais vous voyez l’idée). Le même arbre sur la figure 2 apparaît mieux proportionné avec un meilleur pot et un petit changement dans le feuillage. La bordure supérieure du pot apporte un espace ovale autour de la ligne du sol, mettant l’emphase sur le tronc et sa base. De la même manière, la courbure vers l’extérieur du pot aide à donner une impression de grande puissance, visible sur le tronc et la base.
Les deux arbres et contenant sont efficacement combinés pour donner à l’observateur une impression d’équilibre. Donc, les proportions doivent toujours être prises en compte pour créer un bonsaï équilibré.

Le contraste

Un autre concept à prendre en compte lors du choix d’un pot est le principe de contraste. Dans les arts en 2D, quand un artiste veut mettre l’accent sur un élément en particulier d’une œuvre, il peut rendre cet élément différent en utilisant les éléments qui l’entourent : clarté vs. obscurité, immobilisme vs. dynamisme, petite forme vs. large forme.
Lors du choix d’un pot à bonsaï, l’artiste doit lui aussi jouer sur différents aspects esthétiques, tels que les troncs rugueux ou lisses, des couleurs froides ou chaudes, des caractéristiques masculines ou féminines.
S’il est choisi correctement, le pot peut effectivement mettre en valeur une caractéristique pour mieux équilibrer la composition. La figure 3 est un bon exemple de l’usage efficace du contraste.


Figure 3

Le pot sert à mettre l’accent sur le caractère masculin du tronc. Cette composition est principalement féminine avec une caractéristique masculine, l’écorce fissurée. Très apprécié en bonsaï, une écorce fissurée peut évoquer l’âge et le caractère, deux éléments typiquement observés dans les œuvres masculines. Sans laisser cette agréable caractéristique dominer, l’artiste réussit à créer l’équilibre en utilisant un pot de forme classiquement féminine. Le pot en forme de « sac », avec ses qualités féminines, possède une ligne courbe et une bordure supérieure qui encadre le sol et la base de l’arbre. C’est cette qualité qui contraste avec le tronc « texturé ». Le pot a aussi un profil qui s’harmonise avec la forme du tronc. Ces éléments contraste efficacement avec le poids visuel du tronc, équilibrant mieux la composition.

La notion d’espace négatif

L’espace négatif est l’espace qui existe entre les objets. Comme l’espace vide entre l’anse du tasse ou la forme révélée par le profil d’un vase, l’espace négatif est juste aussi important que l’objet qu’il révèle. Bien utilisé en bonsaï, il peut améliorer l’harmonie entre l’arbre et son contenant.


Figure 4

Le pin de la figure 4 est planté dans une coquille primitive faite main.
Remarquez les bordures irrégulières visibles à droite et à gauche de la photo. Elles rappellent le tracé inférieur du feuillage. Dans le pot adapté au feuillage présenté ci-dessus, l’espace négatif unifie les relations entre ces deux éléments. Le fond sombre illumine l’espace négatif autour de ces éléments.

La ligne

En terme mathématique, une ligne est continue, à une dimension, et contient un nombre infini de point. En terme artistique, une ligne peut être représenté de différentes manières, comme courbe, large, brisée, droite ou à main levée (n’essayez pas d’expliquer cette définition à une prof de math, particulièrement ma femme !). De plus, les lignes peuvent simplement être implicites, sous forme de points que l’œil va connecter instinctivement. En bonsaï, une ligne peut être utilisée pour relier le pot à l’arbre.


Figure 5

Sur la figure 5, à la fois l’arbre et le pot possèdent des lignes. Ce magnifique double tronc est assis dans un pot circulaire, qui a un reste de bordure supérieure – une ligne brisée. Une telle ligne donne un intérêt visuel, plus qu’une ligne droite. L’observateur remarque le rythme de la ligne brisée, et est attiré vers elle. La ligne du côté (intentionnellement) brisée du pot donne un impact visuel et complémente même la ligne de tronc puissante. Cela a pour objectif d’équilibrer la ligne très forte des deux troncs. C’est cette intégration des lignes du pot et de l’arbre qui déplace l’œil de l’observateur. Le voyage commence à l’apex en descendant par les troncs, à l’avant du pot, ensuite le bord dentelé, et enfin en remontant sur les troncs on sort de la composition. La prochaine fois qu’une ligne semble dominante dans une composition, essayez d’augmenter son impact avec un pot adapté.

La couleur

Finalement, l’élément peut-être le plus important à considérer dans une composition est la couleur. Force puissante dans les arts visuels, la couleur peut communiquer l’humeur, l’harmonie et l’équilibre. L’usage de la couleur est enraciné dans l’art ; sans un œil entrainé, elle peut être vraiment écrasante à première vue. La règle de base pour le choix d’un pot est de l’utiliser pour mettre en valeur un caractère particulier, par exemple les reflets pourpres d’une azalée, ou les tons vert pastels de l’écorce d’un Conocarpus. Maintenant, je vais utiliser mes connaissances de la théorie des couleurs pour expliquer comment la couleur peut corriger une impression de déséquilibre dans une composition.


Figure 6

L’arbre est dans un pot crème et ocre, qui complémente la couleur du feuillage. Le pot glaçure complète un exemple magnifique de composition asymétrique. A première vue, ce conifère semble penché. Le feuillage est majoritairement situé à droite de l’arbre, du même coté que la courbure du tronc. Dans la moitié inférieure du pot, il y a un triangle étroit, révélant la terre non émaillé, gris-brun.
Une deuxième analyse plus approfondie de la composition entière illustre parfaitement la vision de Walter Pall d’un arbre parfaitement balancé, avec encore un peu de tension. Le tronc incurvé et le feuillage suspendu sont mis en place par l’usage stratégique de la couleur du pot. Le coin créé par la partie non vernie donne un poids visuel, aidant à sortir l’arbre de sa tendance à la baisse. Dans ce cas, le manque de couleur appuie l’arbre et l’équilibre, tandis que le tronc et le feuillage le ramènent vers le bas. Quel exemple étonnant !

Pour clore tout ceci, j’aimerais conclure avec cette affirmation : si créé attentivement, le bonsaï peut devenir un art. Choisissez un pot qui équilibre votre composition. Trouvez un détail à embellir, une ligne à incorporer, ou un aspect de couleur à mettre en avant. Utilisez les cinq principes énoncés ci-dessus pour former votre propre vision. Créez votre propre chef d’œuvre.

Droits

Walter Pall, tous les arbres et les photographies,

Potiers :

Fig. 1 Tokoname (Japon)

Fig. 2 Petra Tomlinson (UK)

Fig. 3 Coréen

Fig. 4 William Vlaanderen (Hollande)

Fig. 5 Isabelia (Slovaquie)

Fig. 6 Gordon Duffet (UK)

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