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Le bonsaï intérieur ou Kokoro bonsaï

Par Patrice BONGRAND

Chers amis,

J’avais envie que nous échangions ensemble sur un aspect souvent occulté ou pas assez développé en occident de l’art du bonsaï :

La pensée philosophique mais aussi la relation entre le coeur (kokoro) de l’homme et le coeur de l’art du bonsaï.

D’aucuns penseront certainement qu’il s’agit de prise de tête en disant qu’il suffit de faire de beaux bonsaï, et bien je dis que le beau n’est pas le joli et que derrière toute belle oeuvre humaine il y a du sens qui interpelle l’esprit de l’homme.

Combien plus est l’art du bonsaï, car nous travaillons avec le monde du vivant, il y a une interconnexion entre le vivant d’un arbre et le vivant de l’homme :

Ce sont les mêmes énergies de vie qui nous animent, nous dépendons tous des lois immuables de la nature.

Je ne sais si vous avez tenté cette expérience, lors d’une balade contemplative dans des espaces naturels sauvages comme la haute montagne :

Entouré de tant de beauté où la vie est intacte, parfois on a l’impression de faire parti d’un grand tout, il y a une énergie de vie qui coule dans la sève des arbres et dans nos veines qui nous relient.

Ce sentiment trop fugace d’unité, je pense sincèrement que les anciens le vivaient au quotidien et c’est probablement cela qui a inspiré les spiritualités naturalistes comme les religions animistes dont le shinto (la religion originelle japonaise) fait partie.

C’est probablement comme cela que l’art du bonsaï est apparu.

Au début il ne s’agissait pas seulement d’avoir de jolis petits arbres à coté de soi, mais plus certainement d’avoir à proximité des arbres en petit qui rappellent les grands vieux arbres vénérables et impressionnants de montagne (qui sont souvent le siège de divinités naturelles, genre les Kamis japonais).

C’est comme pour un chrétien qui installe une icone du Christ chez lui, avoir un petit arbre (siège des kamis) qui inspire les mêmes respect, force, vitalité, énergie, puissance, humilité malgré un âge vénérable signifiait avoir les esprits de la nature avec soi.

Bien sûr, il ne s’agit probablement ici que d’un aspect de la chose et c’est une interprétation perso.

Qu’en pensez-vous ?

Et bien oui, nous parlons ici d’émotions. Comment de si petits arbres peuvent créer en nous des sentiments aussi forts et en même temps aussi doux ?

Nous devons toucher avec l’art du bonsaï, d’une part à l’émotion que peut nous procurer une oeuvre d’art mais aussi à ce je ne sais quoi d’invisible qui lie les êtres et les choses.

L’homme moderne est "dénaturalisé", il a perdu contact avec ses racines (tiens comme un arbre), il s’est éloigné de son ciel et le chemin vers la rencontre avec lui même est maintenant bien difficile.

L’art du bonsaï peut être pratiqué comme un simple hobbie, on peut très bien s’en satisfaire, mais je crois que c’est bien plus que cela.

C’est peut être une chance pour cheminer vers le coeur des choses, pour aller au dela des apparences :

Nous ne voyons pas la sève qui coule dans les veines de nos arbres et pourtant elle oeuvre et distribue sa force à toutes les parties de l’arbre.

Voici le printemps, et la force de vie "ressuscite" nos bonsaï, les merles font aussi des concours de chant, ce renouveau nous ramène à notre vécu du quotidien.

L’observation et la contemplation de nos petits arbres, c’est un peu comme jeter une ancre dans cette mer trop agitée, comme une "prise de terre" qui nous branche avec les forces telluriques, comme une grande inspiration, une ouverture aux lois de la nature et aux forces qui y sont à l’oeuvre.

Je vois dans un bonsaï un être vivant à part entière, il a des qualités et des défauts, comme un humain, il a sa personnalité, comme un humain, si je veux le comprendre je dois voir son coeur, son âme aller au dela de la première apparence car comme pour un humain ces apparences peuvent être trompeuses. Il me faut l’écouter, le laisser me parler.

Ah ! Si seulement les hommes, pouvaient aussi regarder plus le coeur des autres hommes et aller au dela apparences.

La face de la terre serait bien changée.

Et si l’art du bonsaï, bien que modeste pouvait apporter un peu de fraicheur et de poésie à ce monde.

Apprendre la vie dans ce qu’elle a de plus beau et qui d’autre que la nature et les êtres humains en quête, peuvent nous enseigner les voies de la vérité de la vie.

L’art du bonsaï et sa pratique quotidienne nous demande quelques exigences.

Si nous voulons devenir meilleurs en bonsaï (et peut être meilleurs humains), il nous faut nous investir dans la vie de nos chers petits arbres, c’est une voie presque "spirituelle", une quète.

Les japonais que nous avons rencontré à plusieurs reprises, nous disent que ce qui compte dans la pratique de l’art du bonsaï "c’est l’esprit".

Alors, est ce à dire que la maitrise des techniques et de l’esthétique seules ne suffisent plus ?

Quel est cet esprit dont il parle ? hein ?

Dans mes débuts de la pratique de cet art, je me souviens d’un pique-nique où j’étais allongé sous un grand chène, en train de contempler la ramure de celui ci et d’essayer de comprendre la poésie de celle ci. Je me disais alors, ah qu’il serai bien d’arriver à reproduire cette force et en même temps cette légèreté, cette liberté sur mes futurs bonsaï et c’est toujours mon espoir.

C’est comme réver un peu son arbre, établir une vrai relation, un coeur à coeur avec lui.

La compréhension d’une espèce, de son fonctionnement, n’est pas seulement une compréhension intellectuelle, mais bien plus intuitive. La contempler dans la nature, s’en inspirer pour pratiquer un art du bonsaï, plus naturel.

Faire un bonsaï à la façon d’un bonsaï est, à mon avis, un piège car bien plus beau et plus fort est de faire un bonsaï à la façon de l’espèce dans son milieu naturel.

Essayer de provoquer les mêmes sensations, les mêmes émotions que sur ces arbres libres dans la nature, créer comme une mise en scène avec un petit arbre et son pot, y sentir la douce bise du printemps, la force des éléments, l’énergie de vie, voici un défi de toute une vie, peut être un jour y arriverons nous.

Bien sûr, les éléments naturels, la nature nous replacent à notre vraie dimension :

Nous sommes tous petits, tellement facilement balayés par les éléments en furie, très facilement perdus au milieu des immensités.

Mais en même temps nous pouvons faire tellement de chose par notre pouvoir créatif.

Le danger est bien de se séparer de la nature et de se croire tout puissant et pouvant tout maitriser, c’est ainsi qu’on voit, malheureusement, partout les conséquences sur notre planète de l’orgueil démesuré de l’homme.

On perçoit aussi cette tendance humaine à se croire supérieur dans bien d’autres secteurs de l’activité humaine.

L’homme à toujours voulu essayer de "maîtriser "la nature, mais les sages anciens nous ont bien dit que la voie juste n’était pas là, elle est plutôt dans une collaboration intelligente et affectueuse avec la nature.

Pour cela, l’art du bonsaï est une merveilleuse école, bien qu’actuellement on voit émerger un courant dans la pratique du bonsaï qui va à l’encontre de cette sagesse.

Plus j’avance dans la pratique de cet art enthousiasmant, plus je chemine à l’opposé de cette mode que j’appelle le FASTBONSAI, car le temps qui fait son oeuvre sur les choses donne tellement de beauté intérieure supplémentaire et ceci aussi bien pour un humain que pour un bonsaï :

Le visage ridé et buriné d’une vieille paysanne de montagne est tellement plus beau et touchant que celui d’une actrice liftiné, de même un vieil arbre de montagne avec ses bois morts usés et patinés, gris et son écorce vieille et craquelée exprime tellement plus que ces bonsaï express du monde actuel.

Mais soyons patients, et nos petits arbres, avec le temps prendront ce mutshikomi tant désiré.

C’est vrai qu’au début de la découverte de cette passion du bonsaï, on est tout fou et pressé d’avoir des résultats. En fait les résultats obtenus ce sont des "crevata" et après on s’en mord bien les doigts.

Prendre son temps sur nos arbres et laisser le temps au temps, laisser les cycles naturels se dérouler selon les lois cosmiques éternelles est l’essence de la pratique de cet art.

Et puis il y a le partage avec d’autres passionnés et le bonsaï m’a donné l’occasion de vivre de vrais amitiés avec des gars pourtant différents. Et cette différence nous enrichit tous, vouloir uniformiser c’est la mort de la créativité et de l’humain.

Faire des bonsaï standards comme on en voit tant, nous ôte la chance d’être émus et touchés.

C’est la différence et la spécificité de chaque peuple qui fait la beauté du monde, c’est comme un bouquet de fleurs, la beauté et l’unité de celui -i n’est que l’harmonie créée par la diversité des couleurs et de forme des fleurs qui le constitue.

Un lien invisible relie les hommes de bonne volonté qui regardent vers le haut.

Je ne peux m’empécher de remercier la Vie ou le Divin, en tout cas cette énergie de vie et de joie que je peux ressentir si présent en haute montagne au milieu des ancètres du monde végétal auxquels nous sommes aussi liés.

Ces constats bien amers de notre société loin de ses racines ne peuvent pas nous empécher de croire, grâce entre autre à l’art du bonsaï, à cette énergie de vie d’où nous sommes tous issus.

Il ne s’agit pas là de croyance ou toutes autres intellectualisations mais d’expérience intérieure vécue. On peut ne pas être d’accord et n’adhérer qu’aux choses purement concrètes et matérielles, mais de s’ouvrir à tout ce monde "spirituel", ça amène tellement plus de poésie, de joie et permet de conserver un esprit d’enfant qui s’émerveille.

Et n’est ce pas là ce que nous propose l’art du bonsaï, ne sont-ce pas nos rèves éveillés d’enfant émerveillé dont nous cherchons à nous rapprocher ?

Nous sommes ici entre amis et touchons au coeur des choses, au kokoro, l’essence des êtres.

Je suis heureux d’avoir ouvert ce post car cela nous permet de communiquer entre humains.

Les épreuves sont là pour nous enseigner (épreuve : éprouvette, purification), j’ai eu mon lot, aussi et cru y laisser ma peau, mais cette force de vie agissante m’a pousser à plonger dans mes entrailles intérieures pour y puiser la sève de la vie et de ma vérité.

C’est une sorte de résurrection qui m’a amené à me remettre totalement en question et voilà maintenant je travaille avec mes mains et je suis devenu à 45 balais (maintenant j’ai dépassé le demi siècle) sculpteur céramiste (un rève d’enfant) et bonsailliste acharné.

Il faut bien quelques fous pour dire des vérités ancestrales. Nous fonctionnons un peu à l’envers mais si on regarde l’histoire de l’humanité, ce sont souvent ces fous qui marchent à l’envers de la masse qui ont fait bouger les choses.

Alors mes amis, avec nos petits arbres soyons fous pour croire qu’ils peuvent apporter un peu d’amour et de poésie dans un monde où l’étron vert est le roi.

Na, j’l’ai dit.

A propos de bonsaï intérieur, je suis de plus en plus convaincu, que les liens qui nous lient à la pratique de cet art sont des valeurs et qualités toutes humaines, ce que les maîtres appellent l’ESPRIT.

Pour moi, tout ce qui n’est plus joie dans la pratique de cet art, je regarde d’où cela vient et j’essaie de faire évoluer les choses vers du mieux, du plus sain et du plus serein. Quel joie d’être avec ses petits arbres, de les voir en pleine santé et vigoureux et quelle joie de partager avec d’autres passionnés, qu’il soient plus ou moins avancés, du moment qu’ils partagent le même Esprit, les mêmes valeurs humaines, la même recherche de passion partagée et d’amitié.

Combien je suis navré et touché quand je vois les critiques qui fusent, les jugements acerbes et narquois de certaines personnes aigries à propos d’autres amateurs. Ces gens là ne m’intéressent pas humainement.

Pour moi le bonsaï est une voie, un chemin à la découverte de la nature et des êtres humains.

Il y a les adeptes de théories et les bricoleurs (dans le sens positif, ceux qui essaient concrétement), tiens voilà une petite phrase que j’aime bien :

La théorie, c’est quand on comprend tout et que rien ne marche. La pratique c’est quand tout marche mais qu’on ne sait pas pourquoi. Parfois dans nos vies nous avons les deux réunis : Rien ne marche et personne ne sait pourquoi.

Ou alors quand on sera vieux mais alors très vieux, les deux réunis en positif, tout marche et on comprend pourquoi, mais il restera toujours des mystères, c’est ce qui fait briller les yeux des enfants.

Alors cherchons, cherchons et échangeons.

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