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La cuisson 2008 de poteries par Patrice BONGRAND

Cette année encore, nous vous proposons en exclusivité la suite des aventures de Patrice BONGRAND lors de la cuisson de ses poteries en four traditionnel anagama.

Evènement unique en son genre dont un seul épisode est réalisé chaque année.

Pour celles et ceux qui auraient raté les précédents épisodes :

- 2005
- 2006
- 2007


Voici un croquis que fait par Patrice d’un four anagama traditionnel. Il y a une différence avec le sien : il est plus petit et les voutes du laboratoire sont en fibre de céramique (doublé inox) et est amovible (elles se lèvent avec un treuil). C’est exactement le même principe.

Légende :

- 1 : entrée de l’alandier
- 2 : ouverture supérieure de l’alandier
- 3 : intérieur de l’alandier (là ou le bois brûle)
- 4 : laboratoire (là ou sont les pièces) partie avant et arrière
- 5 : alandier relai
- 6 : sortie de carneaux (compression des gaz)
- 7 : trappe de réduction
- 8 : cheminée.


Le cru 2008 a été enfourné pendant les 3 jours précédent la cuisson prévue pour le samedi 17 et dimanche 18 mai 2008.

Une partie de l’atelier :

Le four est nettoyé, quelques briques recollés, quelques fissures rebouchées et l’enfournement peut commencer :

A déconseiller aux personnes sensibles du dos :

Dans l’alandier quelques petits pots pour prunus et pin (dont certains qui seront cuits une deuxième fois) et quelques bols :

Pose les montres fusibles en bas puis on enfournement de la partie laboratoire :

Deux étages plus haut (ahhh des nouveaux pots surprises) :

Première rangée terminée :

Deuxième rangée en cour d’enfournement :

Deuxième rangée finie, reste un pot très délicat à installer et quelques autres (en premier plan) :

Finalisation de l’enfournement de la première partie du four, quelques points délicats pour empêcher l’affaissement de cette pièce verticale :

Installation de la première rangée de la partie arrière du four :

Là, ça devient un peu plus..... délicat :

Après avoir placé deux grosses pièces (une roche, nouveau !!!! et une sculpture) tout à l’arrière, le four est fermé, mais avant une photo vue de l’avant, à partir de l’ouverture principale de l’alandier :

Cette première partie se termine par le bouchage des interstices au torchis.

Samedi 17 mai 2008 - 9 h 00 : la cuisson démarre.

Cette année, Patrice a décidé de monter en température, pour le petit feu (jusqu’à 700°-800°c), plus doucement et ceci aidé d’un gros brûleur gaz, ce qui n’aura aucune incidence sur les résultats puisse qu’à partir de 650°c le bois prendra le relai.

Ce que l’on appelle le petit feu est le début de cuisson jusqu’à peu près 800°c (plus ou moins). Cette période doit être gérée tranquillement et très progressivement car comme la plupart des pièces sont crues, une montée trop brusque pourrait provoquer des dégâts (ce fut le cas de la précédente cuisson où le four tirait trop, trop bien).

Patrice a donc décidé de faire sécher le four avec un bruleur à gaz puissant mais au ralenti, quitte à perdre du temps, puis d’augmenter la pression progressivement jusqu’à 580°c et d’ajouter du petit bois simultanément.

Démarrage du petit feu tout devant avec le bruleur gaz :

10 h 00 : Tonio arrive et entre deux averses, une tente est installée devant le four pour éviter que les travailleurs ne soient trempés :

Quelques petites explications :

Les pyro électroniques possèdent une sonde de 25 cm que l’on place par des trous sur la voute du four. Il y a 4 trous , un tout à l’avant du laboratoire après l’alandier, un à l’arrière de la première partie du laboratoire (juste avant l’alandier relai), puis un autre après l’alandier relai et un autre tout au bout, avant la cheminée.

Les pyromètres donnent la température de l’atmosphère du four avec toutes ses fluctuations alors que les montres fusibles donnent la température exacte des pièces (maturité de cuisson ou de vitrification de l’argile). Il y a une grande nuance entre les deux et les deux sont nécessaire. Les pyro sont une aide précieuse pour le cuiseur car ils lui permettent de contrôler et de vérifier l’évolution de sa cuisson. Les montres garantissent la température réelle atteinte au niveau des pièces.

Des jeux de montres sont placés à différents endroits du four (devant en haut et en bas) derrière à différents endroits, il y a des ouvertures et des regards pour les consulter, mais ce n’est pas toujours évident de les voir parce que parfois les flammes et surtout l’atmosphère opaque peuvent empêcher de les visionner

12h00 : 350°c au pyro devant, on essaye trois bout bois, ça a l’air de tirer moyen de chez moyen, mais bon.

13h00 : une grosse averse arrive, même avec le bruleur (300kcal) ça monte moyen, mais pas d’inquiétude, il faut y aller tranquillement. Une demi-heure plus tard, la température est à 420°c avec un temps maussade et une basse pression, galère si ce temps continue, les degrés seront difficile a atteindre.

14h15 : 445°c, Patrice commence à ajouter un peu de bois, pour sevrer le four du bruleur progressivement :

15h20 : 535°c, 6h00 de cuisson. De plus en plus de petit bois est utilisé en réduisant progressivement le brûleur.

16h00 : 596°c, ça monte tranquille, mais maintenant il faut que ça grimpe plus fort, le brûleur est arrêté. Un constat : deux heures de retard par rapport à la dernière cuisson mais c’est plus sûr et en regardeant les pyros, la chaleur à bien migré à l’arrière, ce qui est parfait pour la suite.

16h30 : 630°c Tonio aux commandes, mais il y va un peu fort et un gros débraisage nécessaire.

17h00 : James arrive avec Jacques.

18h40 : James aux manettes, il reprend contact avec le feu, les débuts semblent difficiles mais il se rattrape bien par la suite, le four grimpe à 770°c. C’est le moment de commencer à ouvrir l’ouverture basse de l’alandier :

Vue plongeante :

Gros plan :

19h30 : 850°c James alterne la cuisson avec Tonio, le four commence un premier palier, la cuisson se poursuit toujours sur les mêmes ouvertures, heureusement il y a Jo avec Cathy qui ravitaillent les cuiseurs en bois :

Tonio prend le relai :

20h00 : 890°c Patrice reprend le contrôle, il faut commencer à brasser beaucoup les braises. James aide aussi :

21h30 :850°c La nuit arrive, le four plafonne, ça tire mal, c’est plus ou moins normal avec l’arrivée de la nuit, baisse de pression atmosphérique, du petit bois de pin et de chêne sont utilisés en alternance. Les braises sont fortement brassées.

22h00 : 880°c, plus ou moins, ça monte ça descend, ça c’est un palier et ça ne fait que commencer. Il faut faire un gros débraisage et charger fort, ah le four remonte. C’est beau le feu la nuit. Jacques contemple, pendant que James cuit et Patrice prend une photo.

Il y a un problème pour brasser les braises à l’intérieur de l’alandier : les bouts de bois utilisés cassent ou brulent, alors Tonio bricole un outil spécial en inox (trois vieux bout de tube et de fer plat et hop, un truc tout neuf) :

23 h 00 : les 1000° sont enfin atteints :

Minuit : 1013°, 14 h 30 de cuisson. Pas facile cette cuisson avec ce temps maussade !

00 h 20 : une grosse réduction est faite, trappe à 2, fumée noire et grimpette à 1030°.

1 h 00 : 1010° gros brassage de braise.

2 h 00 : 997° Un super lit de braise, le four plafonne, donc débraisage, chute du pyro à 924°.

3 h 40 : le four stagne entre 900°c et 920°

4 h 35 : ouverture d’un petit aérateur, la température baisse 882°c,.

5 h 45 : petite réduction à 2, le four remonte un peu 930°c

7 h 00 : 1000° Patrice est debout et prends le relai, ouverture du 3ème aérateur, on y glisse des petits bouts de bois, plus belle charge, grosse fumée noire.

7 h 30 : 1080°c, réduction pendant un quart d’heure, observation par un regard, les montre 996° et 1091° sont tombées, la 1205° est touchées légèrement, ce qui est bon signe. Cathy et Jo rejoignent Patrice, il brasse sévère les braises et c’est du sport :

Cathy prends les commandes pour la première fois de sa vie (sous l’oeil vigilant de patrice) :

Réoxydation forte du four, grosse charge et nouvelle réduction, première petite flamme rouge qui sort de la cheminée :

Une petite flamme rouge au milieu de la fumée, signe que les calories migrent à l’arrière du four :

Quelques photos des pièces aux alentours des 1200° + une combustion presque immédiate d’une grosse branche de pin :

10 h 30 : Le lit de braise est trop haut, un gros débraisage est fait, le four chute à 1109° mais de suite après il grimpe, grâce aux charges de bois adaptées du chef. La flamme sort maintenant régulièrement de la cheminée :

11 h 00 : 1198° on approche les 1200° au pyro, Patrice est toujours aux commandes, il s’est pris un coup de chaud. Pour contrôler les montres fusibles du haut, Patrice ouvre l’ouverture supérieure et en profite pour charge un petit paquet de bois :

Jacques s’essaie à la cuisson :

11 h 15 : Tonio prend le relai, les 1200° sont atteints :

Midi : 1210° au pyro devant et à l’arrière 1160°, 27ème heure de cuisson, Tonio est toujours aux fourneaux, la montre fusible est coulée, la montre 1291° est touchée. Le pyro est en retard... on voit la différence. Maintenant ce sont les montres fusibles les vraies guides. Les pyromètres ne servent maintenant que comme référence de montée ou de descente.

12 h 30 : 1230°, Tonio est heureux à cuire, il fait monter le four tranquillement, il aime ça. Mais il ne faut pas oublier non plus de manger pour reprendre des forces :

13 h 50 : 1240°. A partir de maintenant le pyro va osciller dans ces températures, mais une très jolie flamme sort presque tout le temps de la cheminée :

14 h 15 : James prend le relai :

14 h 30 : ouverture plus grande de l’ouverture supérieure, le four digère mal ce changement de rythme, 30degrés perdus d’un coup, mais il le fallait, pour envoyer de la matière sur les pièces qui sont en haut, sous la voute.

Là, c’est le "grand feu", ce sont les choses sérieuses, ça chauffe dur, même si on voit que le four ne tire pas très bien, mais ce fut le cas depuis le début.

Il faut faire très attention de ne pas faire entrer trop d’air froid sur le bois, dessous, c’est mieux :

15 h 00 : Toujours aux alentours de 1250° au pyromètre, Patrice contrôle les montres par les regards, il faut absolument des lunettes sinon, gros risques de brûlures.

Bonne nouvelle, TOUTES les montres, y compris la 1303° sont tombées devant, les pyros sont toujours en retard. Mais après réflexion Patrice se souvient que la sonde tombe dans un des pot en haut cela peut fausser la donne. Puis avec cette pression atmosphérique et cette humidité ambiante (de petites pluies régulièrement) cela influe sur les pyromètres.

15 h 25 : 1245 ° au pyro. L’ouverture supérieure est grande ouverte, Patrice reprend la main avec James et bonne nouvelle, à l’arrière la montre 1291° est tombée.

Que du feu :

15 h 50 : les sondes des pyros sont placées plus en arrière et la charge continue devant, une grosse réduction est faite avec une très grosse charge de bois. Quelques angoisses tout de même, est ce que la maturité des couvertes est bonne, faut il continuer, il commence à se faire tard, parce qu’il y aura au moins encore 3 ou 4 heures à cuire sur l’alandier relai.....

Vive le feu.... ça plafonne, mais dedans c’est du bonus pour les couvertes à la cendre :

16 h 00 : 1210° au pyro à l’arrière de la première partie du four et pourtant les montres sont tombées.... que faire ? Il faut continuer un peu.....

16 h 30 : pas de changement. Patrice décide d’ouvrir l’alandier relai pour alterner les charges avec celle de l’alandier principal. Mais le four ne tire pas.....

Ils continuent jusqu’à 17 h 30 mais le résultat n’est pas probant, James et Tonio font une très grosse charge à l’avant et Patrice de dépit leur dit d’arrêter devant, il faut tout reboucher au torchis :

17 h 40 : Patrice ne cuit plus que dans l’alandier relai, les sondes des pyros sont placées à l’arrière après l’alandier relai. La température sur les pyros 1050° et Patrice sait qu’il lui faudra au moins encore 4 ou 5 heures de cuisson pour cuire les pièces à l’arrière :

18 h 00 : tout le monde sans va, laissant Patrice terminer la cuisson. Pour réussir à atteindre les bonnes températures à l’arrière, malgré un gros coup de blues, Patrice devra cuire encore jusqu’à 21 h 45 - 22 h 00.

Puis c’est enfin la fin de la cuisson avec un grand grand soulagement, fermeture des écoutilles, rebouchage des fissures au torchis, fermeture de la trappe, le four fume de partout.

Puis 4 à 5 jours d’attente pour le long (mais nécessaire) refroidissement du four avant le défournement.

Cette cuisson dura environ 37 heures.

Le refroidissement : Le lendemain, lundi à 10 h 00, le four est à 700°, le soir : 598°. Mardi matin : 480°. Mercredi après-midi : 200°, ouverture légère devant l’alandier et de la trappe de réduction à la cheminée. Jeudi matin 90°. Jeudi aprés-midi, 50°, ouverture totale de la trappe, devant aussi et à 15 h 00, Patrice ouvre la partie arrière du four et malgré ses craintes et ses angoisses, les pièces ont l’air suffisamment cuites et matures, tout à l’air beau avec de beaux effets :

Et voilà le résultat :

Mais parfois, il y a aussi de la casse :

Très beau n’est-ce pas ?

Mais en réalité :

On a fait plusieurs fois la remarque à Patrice que ses pots étaient trop épais, celui ci il fait seulement 3 mm d’épaisseur, ce qui est délicat à réaliser avec une terre très chamottée (grain de terre cuite) le résultat est celui que vous voyez ci-dessus.

La cuisson ayant été difficile, sur beaucoup de bols et pièces avec couvertes shino (un émail), il y a problème : pas assez de maturité, il manquait au moins 2 heures de cuisson. De plus, sur certaines pièces, les couvertes à la cendre ont manqué aussi de maturité (encore un parallèle avec le bonsaï, ça, enfin pour certains en tout cas.

Donc sur 23 bols enfournés, seulement 8 sont beaux et corrects, les autres sont à recuire, puis il y a aussi quelques autres pièces qui sont très moyennes qui seront recuites aussi.

Les montres fusibles à l’avant, totalement fondues :

Il ne reste plus qu’à aller chercher les dernières pièces dans l’alandier, à l’endroit où habituellement les pièces sont les plus belles, mais pas à cette cuisson, tout simplement parce que le four ne tirant pas bien, les cuiseurs ont trop chargé rapidement sans attendre une combustion complète du bois, donc le lit de braise est monté trop vite et les pièces dans l’alandier n’ont pas pu acquérir suffisamment de maturité (il faut 4 à 6 heures + ou - à 1260° mini pour cela).

Quelques créations :

Un pot pour feuillu, nouvel émail satiné mat :

Un autre :

Et un bol :

Voilà, c’est fini pour cette année. Rendez-vous en 2009 !

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